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L'HISTOIRE DIVINE DE JÉSUS-CHRIST

LIVRE CINQUIÈME

DOCTRINE DU ROYAUME DES CIEUX , DOCTRINE DU SAINT-ESPRIT

 

 

LE

PONTIFICAT SUPRÊME UNIVERSEL DE JÉSUS-CHRIST SELON SAINT PAUL

 

1-           LA CONSPIRATION CHRÉTIENNE                                                              

2-           L'INVENTION DU CHRISTIANISME                                                 

3-           L'AVENIR DU JUDAÏSME                                                                             

4-           L'AVENIR DE L'ÉGLISE                                                                                

5-           JÉSUS-CHRIST, SUPRÊME PONTIFE UNIVERSEL                         

6-           LE VÉRITABLE VISAGE DU CHRIST                                                         

7-           JÉSUS-CHRIST, TÊTE SPIRITUELLE DE LA CRÉATION                    

8-           JÉSUS-CHRIST, PONTIFE UNIVERSEL ET ÉTERNEL                         

9-           JÉSUS-CHRIST, LA VIE AU-DELÀ DE LA FIN DU MONDE             

I

La conspiration jésucristienne

 

La nécessité est la mère de tout, si l’on en croit le proverbe, et l’origine des actions humaines, si l’on en croit d’autres. Et comme il y a toujours une part de vérité dans les leçons tirées de l’expérience, même s’il est vrai que prétendre conférer le caractère de loi universelle au fruit d’ une expérience particulière est un acte quelque peu audacieux, disons aussi que cette part de vérité existe dans la leçon.

Nous voyons que le christianisme repose sur une nécessité, la mort du Christ, ce qui confère à la première partie de cette réflexion une solidité extraordinaire, et en même temps, il faut se prémunir contre quiconque prétendrait faire de cette nécessité « la seule nécessité » comme axe, noyau et épine dorsale de sa doctrine. Ou, comme le dirait saint Paul lui-même, qui vous a appris à voir le Christ comme crucifié ? N’est-il pas ressuscité, et tout n’était-il pas ordonné à sa Résurrection ?

Qu’est-ce qui est le plus important : la culture de l’arbre, ou le fruit qui est le but de cet acte ? Un génie cultivera peut-être son champ par amour de l’art, mais l’art pour l’art est une utopie que cultivent justement ceux qui ne sont pas des artistes. La Nécessité, par conséquent, resplendit toujours au sein d’un ensemble de causes. Et c’est ainsi que nous savons que dans la Création de l’Homme est également intervenue la Nécessité qu’avait Dieu de trouver un moyen de faire entrer tous ses Enfants par la Porte de la Vérité, où réside la Loi.

Et pourtant, il serait faux de réduire la Création de l’Homme à la Nécessité. En principe et par antonomase, l’ Homme est le fruit de l’Amour de Dieu pour sa Science et son Art, la Science de la Création des univers et des mondes, Amour qui détermine son Être en faisant de Lui « le Créateur », Origine et Source de tous les esprits créateurs de l’univers, et qui, faisant de Lui « Celui qui est », engendre dans son Esprit des visions de mondes, pour lesquelles, s’enflammant en esprit, Il se met aussitôt à l’œuvre, emporté par la passion naturelle de tout créateur, à leur donner corps dans la matière des étoiles.

Il y a donc Nécessité et Passion, et toutes deux se rejoignent, assurément, dans la Résurrection, acte dans lequel ces deux causes se rencontrent pour élever l’Acte créateur à sa plus haute expression, car si, par la première, Dieu se consacre à la Création, c’est par la seconde que le Triomphe de la Passion l’emporte et fait resplendir sur sa Créature le Vrai Visage de son Créateur.

Et même si la Nécessité impose à Dieu sa Loi dans ces événements qui lui sont propres, car sans Lui à leur Origine, ils ne pourraient pas avoir d’Histoire, cette Nécessité ne peut pas anéantir la Source d’ où procède son Action créatrice : l’Amour, la Passion pour sa Création.

Nous voyons, en entamant enfin la marche, que l’interprétation de la Réalité divine dépend de celui qui l’interprète, mais que la Réalité universelle reste inaltérable, et ce n’est pas parce que Dieu a souffert ce qu’on Lui a fait subir en voyant sa Créature marcher dans la poussière, que notre Créateur nous abhorre.

Tout artiste, tout esprit créateur, connaît la douleur et la souffrance que l’on éprouve lorsque quelqu’un ou quelque chose détruit l’œuvre de sa vie, de son inspiration, de son être. Et si la douleur causée par la perte d’un manuscrit ou d’un tableau produit un effet émotionnel tragique, on peut imaginer que, si cette perte ou cette destruction se produit sous les yeux de son créateur, cette souffrance sera infiniment plus douloureuse. Ce n’est qu’en voyant en Lui notre Créateur que nous pouvons comprendre Dieu. SéparerDieu de l’Esprit du Créateur, et réduire notre vision à la contemplation de son Saint-Esprit, en niant à celui-ci la nature de Celui-là, c’est succomber à la vieille hérésie qui consiste à séparer Jésus du Christ. L’Esprit Créateur définit la nature de Dieu dans sa relation avec le cosmos ; le Saint-Esprit définit la relation de Dieu avec sa création. Dans la première, nous avons une relation divine exclusive ; dans la seconde, nous avons la relation sociale de Dieu avec la vie à son image et à sa ressemblance. Mais toutes deux ne font qu’une seule réalité dans l’âme de notre Créateur, où ces deux relations engendrent la personnalité du Père, par l’amour duquel pour sa Création nous sommes enfants de Dieu. « Soyez saints comme je suis saint ». De toute évidence, créés pour être ses semblables, ces deux définitions marquent notre personnalité. L’esprit Créateur vit en nous, dans le cadre de la dimension de notre origine, et son esprit social naît en nous à l’image et à la ressemblance de sa Personnalité sociale, fondée sur l’Amour de la Vérité, la Justice et de la Paix, les trois piliers sur lesquels repose l’édifice tout entier de l’avenir d’une civilisation créée pour jouir de la vie aux côtés de la vie de son Fondateur. Ainsi, si, par l’esprit créateur, notre âme contemple un champ riche en fruits pour l’avenir de tous, par l’esprit social, notre civilisation évolue dans le présent au sein de cet édifice qui nous protège, nous ouvre la porte vers l’Intelligence de notre Créateur et nous conduit par la main de sa Sagesse à travers les Jours de l’Éternité. Ainsi, l’empreinte de notre Créateur vivant en nous, Lui qui s’est manifesté en devenant Homme afin que nous ne nous égarions pas en inventant des dieux pour justifier de futurs délits et crimes contre nos semblables, « soyez saints car je suis saint » nous est révélé dans le cadre de la dimension sociale que Dieu Lui-même a édifiée pour vivre avec nous. L’idée de la sainteté comme un pilier sur lequel s’asseoir au-delà du monde, une fois que l’on vit en Jésus-Christ, nous la retrouvons tout naturellement dans l’amour de la vie qui naît avec nous, pour que toute la théologie et la philosophie du monde se résument en une simple phrase divine : « Aime Dieu ton Créateur par-dessus tout, et ton prochain comme toi-même ». Il est vrai que c’est pour avoir dit cela que Jésus-Christ a été condamné à mort. Comprenons-le , pour l’avoir dit et l’avoir incarné dans son propre être. Car parler, c’est très facile. Croire que Dieu existe et que Jésus-Christ est son Fils, même le Diable le savait. Ce qui différencie un homme d’un autre, ce n’est ni la foi ni la parole, ce sont ses actions, ses œuvres. « Beaucoup diront en ce jour-là : Seigneur, nous avons accompli de nombreux miracles en ton nom. » La réponse de ce Seigneur aux miracles qui sortent de la bouche transforme les hommes en moutons dont on tire la laine et le lait, tandis que leurs âmes sont des terres arides où n’a pas mûri le fruit que Dieu recherche : les œuvres d’amour envers son prochain comme envers soi-même… La réponse de Dieu est écrite : « Éloignez-vous de moi, enfants de l’iniquité, allez vers votre père dans l’exil éternel hors de mon Royaume ». Ainsi donc, l’esprit social de l’Homme trouve en Jésus-Christ sa racine. « Soyez féconds et multipliez-vous ». C’est l’appel à participer avec notre Créateur à la formation, à l’image et à la ressemblance de son Esprit social, des générations qui vivent en nous. Pouvons-nous imaginer une responsabilité plus grande et plus merveilleuse que de participer avec notre Créateur à la formation des générations dans l’ esprit social de son Fils ? N’est-ce pas là participation le principe et la fin de tout l’édifice pédagogique de notre civilisation ? Existe-t-il une tâche plus grande et plus digne quede former les générations dans l’esprit de la Loi de la Vérité, de la Justice et de la Paix ? C’est cette Loi qui s’est faite Homme afin que nous puissions voir en direct le Fruit de l’Arbre de Vie. Commentla Liberté, la Fraternité et l’Égalité pourraient-elles exister là où ne vivent pas la Vérité, la Justice et la Paix ! Ce Fruit vit dans l’ esprit social de notre Créateur ; c’est pourquoi les œuvres de ceux qui ont fait de leur bouche une trompette de révolution ont suscité, non pas l’Amour du prochain, mais la Terreur. Lorsque la parole devient une entité vide d’esprit, dans le corps de laquelle se cache une soif immense de richesses et de pouvoir, le fruit que récolte la société est la ruine. Plus un homme parle de progrès, plus celui qui l’ écoute s’enfonce dans la misère. Le seul progrès réel qui existe est celui qui naît de l’amour inconditionnel de la vérité, de la justice et de la paix. 

Je veux dire par là que regarder Dieu en oubliant que l’esprit créateur est en Lui sa Nature définitive, son essence ontologique ultime, la substance émotionnelle dans le champ de laquelle s’enracinent ses pensées et ses sentiments, oublier le Créateur en Dieu et réduire le regard sur Dieu à une Entité, c’est-à-dire un sujet théologique abstrait défini par ses attributs, incapable de bouger ne serait-ce que parce que le mouvement porterait atteinte à ces attributs, etc.… Réduire l’Être à des attributs théologiques n’est plus une aberration de la pensée, c’est, de manière perverse, monter sur la dalle sous laquelle on a enterré Jésus pour que le Christ ne ressuscite pas.

Il faut être aveugle ou être un véritable saint pour, en centrant la pensée sur Dieu en tant qu’Entité, ne pas perdre de vue le Créateur dans l’Être. À ce sujet, il semble que l’Histoire nous donne l’exemple d’un saint Thomas, pour le meilleur, et pour le pire, elle présente tant d’exemples qu’il vaut mieux n’en mentionner aucun. Le fait est que, dès le tout début, Dieu se révèle comme une Passion créatrice, et c’est à partir de cette passion dévorante du Créateur pour son Œuvre que Dieu se met en colère et se déchaîne contre le « voleur » et le « criminel » qui a osé détruire son œuvre, le Premier Homme, là-bas dans l’ Éden, et cela fait déjà près de six mille ans que cela s’est produit.

Dans la Résurrection, nous avons donc la vision du Créateur qui ne peut empêcher la destruction de son Œuvre, obéissant à la Nécessité, et la manifestation de l’amour infini du Créateur pour son Œuvre, qui, pouvant la restaurer dans sa perfection originelle, non seulement le fait, mais va même jusqu’à perfectionner ce qui est perfectible en rendant indestructible ce Deuxième Homme. Si le Premier était parfait, son Ignorancis le rendait imparfait aux yeux d’un esprit maléfique dont la tendance à la destruction de l’Œuvre créatrice était sa nature, sa passion artistique, comme si l’on disait qu’ on peut éprouver de la passion pour la guerre, le crime et le délit. Le Créateur en Dieu se dresse contre cette pseudo-philosophie de la perversion, fruit de la nature, et se jette à l’assaut du voleur, du criminel et du destructeur pervers en qui l’envie est la véritable nature ; et parce qu’Il le fait, Dieu sépare la Création de la Destruction, la Lumière des Ténèbres, la Vérité du Mensonge, et la Passion de l’ Intérêt. Et enfin, en Jésus-Christ s’établit la Création sur la Passion du Créateur pour son Œuvre.

Parmi toutes les œuvres de ce Créateur, saint Paul est l’une des plus merveilleuses.Saint Paulest le prototype de ceux qui, sans avoir touché ni vu le Fils de Dieu dans la chair du Fils de Marie, deviennent enfants de Dieu « par la béatitude de celui qui croit sans voir », et parce que, sans voir, ils croient, ils seraient d’autant plus précieux aux yeux de leur Créateur que ceux qui, le voyant et le touchant, s’enfuirent en courant lorsque vint l’Heure de la Vérité. Et pourtant, Dieu, pour glorifier tous ses Fils, a disposé que les premiers couronnent leur vie par le sacrifice suprême, et que pour les derniers, que notre foi surnaturelle soit notre gloire ; car si, chez les premiers, la foi n’était que naturelle après avoir vécu ce qu’ils ont vécu, chez nous, pour résumer le sujet, elle est surnaturelle dans la mesure où, sans voir ce qu’ils ont vu, nous croyons en ce qu’ils n’auraient jamais cru s’ils ne l’avaient pas vu. Et enfin, pour faire de nous tous une seule chose, Dieu a établi notre foi surnaturelle dans le sang de leur foi naturelle, par le sang et dans le Sang du Premier-né de la Gloire, comme le dira saint Paul, Dieu le Père unissant dans le sang du Christ tous ses enfants.

Une fois le premier pas franchi, il n’y a plus de division entre les enfants de Dieu. La foi est la même, et bien que l’origine soit différente, car les uns sont enfants d’Abraham et les autres du Christ, par l’Esprit, nous croyons tous en la même Vérité. Et cette Vérité est la suivante :

 

À maintes reprises et de multiples façons, Dieu a parlé autrefois à nos pères par la bouche des prophètes ; mais ces derniers temps, en ces jours-ci, il nous a parlé par son Fils, qu’il a établi héritier de toutes choses, par qui il a aussi créé les siècles ; lui qui, étant le rayonnement de sa gloire et l’empreinte de sa substance, et qui, par sa parole puissante, soutient toutes choses, après avoir accompli la purification des péchés, s’est assis à la droite de la Majesté dans les hauteurs, devenu bien supérieur aux anges, puisqu’il a hérité d’un nom plus excellent que le leur.

 

Voici, s’il est possible de résumer toute une Sagesse sur laquelle des montagnes de livres ont été écrits, le condensé de toutes choses, l’égalité résultant d’une somme de facteurs innombrables. L’auteur s’en va vers l’Éternité même, puis revient à l’Histoire du quotidien ; il s’élève vers les hauteurs impérissables du Ciel où demeure le Dieu des bienheureux, et descend à la surface de la Terre où nous vivons sous le poids des circonstances, nous, les malheureux de toujours ; l’auteur voyage vers l’Infini, et revient avec un message merveilleux et sublime : Dieu a établi son Fils aîné Roi et Seigneur sur toute l’Œuvre de ses mains, et a remis l’Avenir de toutes choses entre les mains de son Fils.

La crainte de Dieu se transforme en amour pour son Fils, et puisque la crainte s’est érigée en pont de relation entre Dieu et sa Création, et que par la crainte était glorifié Celui qui recherchait l’amour, voulant mettre fin à cette relation, qui ne lui plaisait pas et qu’il n’a jamais recherchée, il dit : « Glorifiez mon Fils. Aimez-Le, car en Lui j’ai mis toutes choses, aussi bien celles de la Terre que celles du Ciel. Toutes choses ne sont rien à mes yeux et ce n’est qu’en Lui que réside ma vie. Je ne manque de rien, j’ai mon Fils ; j’ai tout en abondance, en Lui j’ai tout. Vous voulez craindre Dieu et fonder sur la crainte la relation entre le Créateur et son Œuvre ; eh bien, voici votre Créateur, donnez-lui tout votre amour, moi, je lui ai donné tout le pouvoir ».

Et pourtant, en nous faisant plier les genoux, Dieu le Père a joué avec nous de la manière la plus merveilleuse qui soit, car en établissant la Couronne de son Fils dans Sa volonté éternelle, Il a d’abord enlevé l’homme avec un amour profond afin que la crainte qu’Il n’avait pas voulue dans Sa Gloire Il n’a pas voulu pour Lui-même s’établisse dans l’Amour et que, par l’Amour, la Crainte devienne parfaite, cette Crainte devenant ainsi la crainte de la Toute-Puissance : la Crainte qui vient de la peur de perdre la seule chose capable de satisfaire cet amour passionné avec lequel la Foi inonde l’être de celui qui se convertit.

Il n’y a pas de division entre les enfants de Dieu !

En extirpant de sa Création le mal, en plaçant entre la passion pour la destruction meurtrière et la passion pour l’ activité créatrice la Couronne et la Seigneurie universelle de son Premier-né, et parce qu’Il le fait : toutes les couronnes, tous les pouvoirs, tout ce qui, ayant pour origine le bien et qui, par le mal, est devenu source de destruction et de crime, et ayant été abolis, Dieu établit la Fraternité sur l’Égalité, de sorte que, en ce qui concerne le Pouvoir, tous les enfants de Dieu se retrouvent nus devant le Seigneur Universel et Roi éternel, Jésus-Christ.

Il n’y a pas de division entre les enfants de Dieu !

Et s’il y en avait une, Dieu ayant établi l’Égalité de tous ses enfants dans l’Obéissance sans limites au Roi de son Royaume, elle surgirait en relation avec une rébellion contre cette Égalité. Et si nous voyons que Dieu met à nu toute sa Création — en abolissant toute couronne —, nous voyons ensuite que la division entre les serviteurs de Dieu surgit en rapport avec le pouvoir, c’est-à-dire avec les vêtements dont, non contents du nouveau vêtement que Dieu donne à sa création, les serviteurs de Dieu se sont battus et se sont diabolisés pour… pour la plus grosse bague en or, pour la mitre la plus chargée de pierres précieuses, pour la plus grande part de pouvoir impérial.

Il n’y a pas de division entre les enfants de Dieu, mais il y en a eu entre les serviteurs du Seigneur !

Les enfants de Dieu tirent leur gloire non pas du pouvoir, mais de la liberté ; les serviteurs, eux, la tiraient non pas de la liberté, mais du pouvoir, et c’est pourquoi il existe une division entre eux. Or, celui qui recherche le pouvoir se rebelle contre celui qui a aboli tout pouvoir et a remis tout pouvoir entre les mains de son Fils unique.

Et d’ailleurs, comment pourrait-il en être autrement ? Tout être vivant n’est que de la poussière cosmique mêlée à un peu d’eau, des créatures d’argile qui ne doivent leur vie qu’au pouvoir du Créateur de faire en sorte que son Esprit pénètre la matière et devienne chair divine. Un souffle suffit pour que la terre retourne à la terre, l’esprit à l’esprit, et qu’il ne reste ni trace ni souvenir de celui qui, l’espace d’un instant, s’est cru un dieu. C’est uniquement par l’amour que le Créateur porte à sa Création, à son œuvre, au reflet de sa nature sur la toile de l’Univers, instrument accordé sur les notes des étoiles, et uniquement par cette passion créatrice qu’une simple poupée d’argile prend vie et, par le même amour envers sa créature, celle-ci se tourne vers son Créateur et l’appelle Père.

Mais la folie commence lorsque la créature oublie ce qu’elle est et, en se contredisant elle-même quant à l’argument de son Origine, ose revendiquer pour elle-même ce qui est l’apanage exclusif de son Créateur : le Pouvoir !

La conséquence est sous nos yeux et réside dans ce noyau meurtrier qui, répandant ses effets maléfiques sur notre espèce, a conduit notre histoire au point où nous en sommes aujourd’hui. Ainsi, une fois dépassée la limite que l’Amour s’impose d’attendre patiemment que la conduite de celui qu’il aime se régénère, une fois dépassée cette limite de la Patience surnaturelle, Dieu a dépouillé toutes ses créatures de leur Pouvoir, a placé tout le Pouvoir entre les mains de son Fils, et ce faisant, nous a tous mis à ses pieds.

Humiliation, mais aussi gloire. Car la créature a déjà prouvé, et nous le vivons encore dans notre chair, qu’elle est rendue folle par le pouvoir.

Le pouvoir ne corrompt pas, le pouvoir rend fou !

Et en effet, le pouvoir ne peut être que dans les mains de celui à qui il appartient, le Fils de Dieu, – comme le dit saint Paul – : empreinte de la substance divine, rayonnement de sa majesté, et qui, étant le Fils unique de son Père, tient dans sa Parole sa force infinie.

Mais la créature, le pouvoir n’étant pas naturel chez nous, en recherchant le pouvoir, doit nécessairement établir la loi de son pouvoir sur la destruction de ceux qui ne veulent pas se laisser dominer, et qui, ayant pour tendance naturelle de refuser d’être l’objet d’une domination en raison de leur rébellion, transforment cette loi de domination en une arme meurtrière, et celui qui la détient en criminel – en puissance, dans le meilleur des cas, et de fait dans le cas le plus général.

Mais tel est le pain quotidien que l’Humanité a mangé pendant six mille ans. Et cela a donné lieu à une théorie du pouvoir selon laquelle le pouvoir, d’après la science, est déterminé par la structure naturelle. Et pourtant, la loi du plus fort étant un fait naturel, l’existence de la révolution est tout simplement une incohérence. D’où l’on voit qu’il n’y a pas de pire contradiction que celle de l’athéisme, car si, d’un côté, il affirme la nature du pouvoir, de l’autre, il présente la révolution comme une violation de la loi naturelle, contre laquelle le pouvoir est légitimé à écraser le révolutionnaire et le rebelle qui refusent de se laisser dominer. Philosophie malfaisante qui, comme on le voit de nos jours, s’est imposée comme l’axe de la politique mondiale des Nations Unies, faisant le jeu de la Russie et de ses alliés, et exercée contre une Ukraine rebelle qui s’est soulevée pour défendre sa liberté face à une loi scientifique poussée à son plus haut degré d’expression néo- nazie.

Suivant cette logique, ceux qui établissent le pouvoir dans la nature et, par le biais de la science, bénissent la criminalité extrême et élevée de ceux qui l’exercent, transformant la folie du pouvoir en raison de la science, doivent logiquement considérer toute opposition à leur pouvoir comme un événement contre nature, car le communisme est avant tout et par-dessus tout la négation de la liberté dans l’ égalité en tant que fait naturel.

Ainsi, celui qui établit le pouvoir sur la nature doit nécessairement trouver dans la Révolution son ennemi naturel. Et pourtant, nous observons comment, en maintenant vivante la Révolution, la théorie du pouvoir naturel contre laquelle elle s’était dressée, et parce qu’elle n’a pas cherché à l’abolir, a déterminé la chute du produit de la Révolution, l’URSS, qui aurait pu pu être évitée si la Révolution avait procédé à l’abolition du pouvoir, c’est-à-dire à l’instauration de la démocratie, une fois arrachée des mains du fou avide de pouvoir cette arme avec laquelle il assassinait en masse et à sa guise toute une nation.

Toute action visant le Pouvoir est, en conséquence, l’expression d’une folie qui se sert de la nécessité pour assouvir une passion contre nature. Or, six mille ans d’Histoire sous la botte et le poing du Pouvoir constituent un livre riche d’expériences infinies sur les transformations de la théorie du pouvoir. Et c’est peut-être pour cette raison que le pouvoir cherche, avant tout et par-dessus tout, à aliéner la formation intellectuelle des peuples et de l’homme, en tant qu’être intelligent, par rapport au Livre de la Mémoire universelle, de peur que, en apprenant l’Histoire, le citoyenne devienne « rebelle ».

Nous observons également que notre Histoire s’est orientée vers une civilisation ordonnée au sein d’une structure sociale qui tend inévitablement vers l’abolition du Pouvoir et, nous trouvant dans la Démocratie comme voie vers cet État naturel de civilisation, nous observons depuis celle-ci comment le Pouvoir, c’est-à-dire l’existence d’une directrice à vie, entraîne pour cette tête un crime contre la justice et la paix de la nation en érigeant sa « vérité » en vérité universelle absolue.

Ainsi, et à la lumière de l’expérience de siècles de lutte pour la liberté, le pouvoir, en tant que folie, se définit en premier lieu par l’atteinte à la justice et aux aspirations du peuple de la part des chefs dirigeants gouvernementaux qui, pour conserver leur statut, ne se fixent aucune limite et font du crime et du délit leur modus vivendi.

Nous observons également, à la gloire de la civilisation chrétienne, que ce chemin de liberté de l’être humain face au pouvoir en tant que folie, qui nous a conduits à la démocratie, où la société participe pleinement à la gestion de ses fonctions et gère par elle-même ses ressources, bien qu’encore imparfaite dans sa structure, n’a pu atteindre cet état qu’au sein de la civilisation chrétienne ; car, comme on le comprend du christianisme lui-même, qui suppose l’abolition de toute monarchie et de tout gouvernement à vie des personnes, l’Histoire marche, invinciblement, vers la démocratie chrétienne en tant que modèle de système social, où la couronne appartient au Fils de Dieu et où les peuples se gouvernent de manière autonome conformément à la loi du droit universel. De telle sorte que sans Vérité, il ne peut y avoir de Fraternité, sans Justice, il ne peut y avoir d’Égalité, et sans Paix, il ne peut y avoir de Liberté ; dans cette réalité, le Droit divin et le Droit humain s’unissent pour forger au sein de la civilisation une société tournée vers un avenir sans limites.

Et comme tel était l’avenir que portait en son sein le christianisme de saint Paul et de ses frères, il n’est pas étonnant que l’Empire se soit lancé contre eux, même si, en raison de la folie de cette mesure, l’ incendie de Rome fit passer l’exécuteur pour un fou, se cachant derrière la tragédie l’existence de celui qui, ayant une connaissance parfaite du christianisme eschatologique, murmurait à l’oreille de Néron et du Sénat la nécessité de détruire « cette secte des chrétiens ». Une nécessité qui, allant à l’encontre du droit romain, ne pouvait trouver de légalité que par un acte terroriste d’une portée inégalée, dont les conséquences furent entérinées par la signature de l’Empire dans un décret d’extermination massive de certains citoyens contre lesquels, en tant que citoyens de l’Empire, il était impossible de procéder à une « solution finale » qui, de par son texte même, aurait constitué une négation de l’esprit du droit romain.

Il s’agit là d’une ruse qui a été utilisée à maintes reprises au fil des millénaires. On a notamment accusé les États-Unis de l’avoir employée contre l’Espagne lors de la guerre de Cuba, en coulant leur propre navire au large des côtes de leur futur ennemi afin de disposer d’uncasus belli légitimeaux yeux du droit international et du peuple américain. D’autres ont voulu voir dans l’effondrement des tours jumelles de New York une manœuvre de cette nature, afin de faire approuver par le Congrès, sur fond de tragédie du moment, la guerre en Afghanistan, prétendument décisive pour le gazoduc transsibérien, etc.

De ce côté-ci de l’Atlantique, dans les cercles privés du pouvoir et la périphérie médiatique, circulait, jusqu’à hier encore, la théorie du complot du PSOE-Couronne des Bourbons visant à porter le Parti du Dauphin au pouvoir, pour lequel ils ont orchestré des actes de sabotage dont l’aboutissement fut l’attentat terroriste de Madrid, qui fit finement pencher la balance en faveur du Parti du Dauphin. Mais comme cela n’a pas pu être prouvé et que cela est resté un crime parfait, les choses ne sont pas allées plus loin, d’autant plus que le Parti du Dauphin était prêt à affronter une deuxième guerre civile si le complot venait à être dévoilé.

Personne ne peut reprocher à quiconque d’avoir de mauvaises pensées, sachant que l’Histoire est un coffre rempli de tragédies que les Couronnes ont garni des joyaux de leurs crimes et massacres sans fin.

Pour en revenir au passé, dans le cas de Néron, l’eschatologie jésu-chrétienne n’aurait guère pu parvenir à ses oreilles si quelqu’un, qui connaissait parfaitement les chrétiens et avait entendu de ses propres oreilles « cette doctrine mystérieuse, parfaite, cachée, transmise entre les parfaits », c’est-à-dire quelqu’un qui a côtoyé les chrétiens et qui était l’un d’entre eux.

L’identité de ce candidat est une question difficile à déterminer à partir des preuves, mais facile à découvrir à partir des coïncidences et des faits. Nous aborderons ce sujet plus en détail ailleurs.

Ce qui est évident, et puisque l’ incendie de Rome a déterminé la nature de la mort de l’auteur de l’Épître aux Hébreux, c’est que le Sénat romain a accepté l’hypothèse du complot chrétien parce qu’il avait une connaissance parfaite de la nature monarchique divine du christianisme et a apposé sa signature sous celle de l’empereur, et ce n’est qu’après cette unité d’action que l’incendie de Rome a eu lieu. Car le christianisme, comme on le voit dans les lettres et les épîtres des apôtres, a maintenu une politique de silence public sur ses fins eschatologiques, tout en se soumettant aux lois civiles, comme celui qui remet entre les mains de Dieu ce que Dieu a décidé d’accomplir. Aucune accusation ne pouvait porter devant les tribunaux une solution finale antichrétienne fondée sur la désobéissance civile, et seule l’ abolition de l’Empire qu’impliquait la victoire de la chrétienté pouvait servir d’argument pour légitimer ce qui, au regard du droit, constituait un délit contre la légalité.

Or, nous avons affaire à des prophètes, car « l’esprit de Jésus est l’esprit de la prophétie », et dans la mesure où ils connaissaient d’avance les mesures qui allaient être prises à leur encontre, les apôtres ont préparé l’avènement des persécutions au sein de la doctrine sur la Parousie, doctrine qui, ayant été élaborée dans le plus intime des secrets, a maintenu l’avenir dans une confusion constante. C’est à partir de cette Parousie prophétique que sont écrites les Épîtres, et dans chacune d’elles résonne la voix qui parcourra Rome au Jour de la Bête.

Oublier cette marche constante vers le Feu des persécutions, au cours desquelles la génération du premier christianisme scellerait la Nouvelle Alliance de Dieu avec la plénitude des nations chrétiennes, lorsqu’on lit ses lettres, est une erreur monumentale. Ceux qui l’ont fait et se sont désignés eux-mêmes comme destinataires ont commis une manipulation aberrante du texte, dont la conséquence serait « la foi seule », par exemple.

Saint Paul, surtout saint Paul, car il fut le messager d’une « solution finale » avortée des Juifs contre l’ Église naissante, et parce qu’il venait des rangs de l’ennemi, savait mieux que quiconque que tôt ou tard, le judaïsme antichrétien trouverait le moyen de faire parvenir son message d’extermination totale des chrétiens non pas à un simple gouverneur, mais à l’empereur lui-même. Et ainsi, étant pour les Juifs ce que Flavius Josèphe fut pour les chrétiens, saint Paul avait les regard tourné vers la Parousie, vers le Grand Sacrifice des centaines de milliers d’ « agneaux conduits à l’abattoir », et, désireux de transmettre l’essence de la doctrine apostolique sur l’Église aux générations qui leur succéderaient et vivraient le triomphe du christianisme sur l’Empire, il condensa en quelques mots une sagesse dont les discours poussaient même les disciples les plus dignes à se jeter par les fenêtres.

Si, dans son Épître aux Romains, il s’est épanché en mettant à nu son cœur prophétique, dans son Épître aux Hébreux, l’esprit qui crie « Victoire » et acclame le couronnement de Jésus-Christ en tant que Roi, choisi par Dieu pour Le servir en tant que Roi de son Royaume universel, ne peut se contenir et déborde, écrivant :

 

En effet, à quel ange a-t-il jamais dit : « Tu es mon Fils, je t’ai engendré aujourd’hui » ? ; puis : « Je serai pour Lui le Père, et Il sera pour moi le Fils ». Et lorsqu’il introduit à nouveau son Premier-né dans le monde, il dit : « Que tous les anges de Dieu l’adorent. Des anges, il dit : « Celui qui fait de ses anges des esprits et de ses serviteurs des flammes de feu. Mais au Fils : « Ton trône, ô Dieu, subsistera pour les siècles des siècles ; le sceptre de justice est le sceptre de ton royaume. Tu as aimé la justice et tu as haï l’iniquité ; c’est pourquoi Dieu, ton Dieu, t’a oint d’une huile de joie par-dessus tes compagnons. » Et : « Toi, Seigneur, au commencement, tu as fondé la terre, et les cieux sont l’œuvre de tes mains. Ils périront, mais toi, tu demeures, et tous, comme un vêtement, vieilliront, et comme un manteau, tu les envelopperas, et comme un vêtement, ils se changeront ; mais toi, tu restes le même, et tes années ne prendront pas fin ». Et à lequel des anges a-t-il jamais dit : « Assieds-toi à ma droite, tandis que je place tes ennemis comme marchepied de tes pieds ? ». Ne sont-ils pas tous des esprits au service de Dieu, envoyés pour servir en faveur de ceux qui doivent hériter du salut ?

 

 

II

L’invention du christianisme

 

Nous observons dans le texte de l’Évangile une contradiction grandiose, phénoménale, mystérieuse et intrinsèquement surnaturelle, et c’est pourquoi ceux qui n’ont pas pu percer son mystère et qui n’ont eu disposaient de l’épée pour dénouer le nœud gordien du jésucristianisme, aient imité le célèbre Alexandre le Grand, car la violence, en plus d’être le recours des ignorants, est la réponse la plus à portée de main et c’est toujours la première qui vient à l’esprit de l’imbécile. Le sens de la stupidité s’est perdu et rares sont ceux qui en comprennent la véritable signification, mais sa pérennité fait partie du décor de l’Histoire et représente l’ignorance qui se prend pour une « je-sais-tout». Point sur lequel, sans que nous sachions comment mais en tant que fait avéré, a fait de la philosophie son hôte et, en parasitant de manière symbiotique le sage et le sot au sein d’un même raisonnement, a finalement conduit la philosophie à la tombe de la pensée toute-puissante de la Raison, chute qui a annoncé la mort du philosophe et a cédé la place à la bêtise en tant que science.

Dans le cas des Juifs, la Sagesse des prophètes et des patriarches a cédé la place à la Stupidité en tant quemodus vivendi sacrum, et comme il est tout à fait naturel que la Sagesse et l’Ignorance ne puissent cohabiter, il était tout à fait normal qu’ils poursuivent, jugent et condamnent Jésus-Christ. Le contraire aurait été un miracle et une preuve irréfutable et catastrophique contre la doctrine de l’impossibilité d’une coexistence, ni pacifique ni violente, entre l’Ignorance et la Sagesse.

Et la contradiction jésu-chrétienne est décrite par la Lettre de la manière suivante.

 

Il est donc nécessaire que, avec la plus grande diligence, nous prêtions attention à ce que nous avons entendu, de peur que nous ne nous égarions. Car si la parole proclamée par les anges était ferme, au point que toute transgression et toute désobéissance ont reçu une juste rétribution, comment pourrions-nous y échapper, si nous méprisons un salut si grand qui, ayant commencé à être proclamé par le Seigneur, a été confirmé parmi nous par ceux qui l’ont entendu, Dieu en rendant témoignage par des signes, des prodiges et divers miracles ainsi que par des manifestations du Saint-Esprit, selon sa volonté ? Car ce n’est pas aux anges qu’il a soumis le monde à venir dont nous parlons.

 

Nous observons dans le texte de l’Évangile — pris comme récit, indépendamment de son genre et exceptionnellement considéré comme un livre — nous contemplons la marche d’un Être tout-puissant dont la puissance réside dans sa Parole et il lui suffit d’ouvrir la bouche pour réaliser tout désir qui lui vient à l’âme. L’auteur, considérant, pour les besoins du récit, qu’il n’est pas crédible qu’un Être doté de ces propriétés puisse exister par la seule voie naturelle, introduit l’idée du Fils du Dieu des Hébreux, qui s’incarne et, une fois incarné, agit conformément à la Puissance infinie de son Dieu et Père. Et, suivant ce raisonnement, il nous présente ce Fils du Dieu des Hébreux transformant toute maladie et toute pathologie en une simple opération : deux plus deux font quatre, plus deux font six, et ainsi de suite, grâce à la vision de ce Pouvoir qui inspire notre imagination sur ce qu’un homme doté d’un tel Pouvoir pourrait accomplir.

Selon l’imagination inspirée par le texte – indépendamment, j’insiste, de son genre –, il aurait suffi au héros du récit jésucristien de se couronner, de se placer à la tête des foules et de les lancer à la conquête du royaume universel. Quelle armée aurait pu résister à l’attaque d’un roi à qui il suffit d’ouvrir la bouche pour faire descendre le feu du ciel, et d’ordonner aux montagnes de s’ écarter de son chemin, et aux vents de se lever puisqu’il peut les calmer !

L’imagination, qui, contrairement à ce qu’en disent les modernes, a toujours existé, et qui, malgré tant de malins, a toujours été la muse des génies, s’est enflammée dans les masses et, voyant l’issue de la bataille entre le royaume du Fils de David et l’Empire – si Jésus-Christ est bien ce Fils de David –, n’a pas hésité, en lui demandant d’être roi, à réclamer la guerre.

Et la contradiction naît du « non » du héros du texte.

Pourquoi pas ? N’était-il pas le Fils de David ? Et le Dieu des Hébreux n’avait-il pas légué au Fils de David le royaume universel ? N’étaient-ils pas des Hébreux ? Pourquoi pas ?

Quel fils d’homme, s’il se trouvait face à ce Pouvoir d’ouvrir la bouche et de devenir ce qu’il veut, ne l’ouvrirait-il pas instantanément pour, en plus d’en finir avec toutes les maladies du monde, et, naturellement, en finir avec tous les pouvoirs meurtriers qui gouvernent la Terre, et, s’érigeant en roi universel, proclamer la paix universelle sur le fondement d’une justice toute-puissante régie par l’Esprit d’une vérité éternelle ?

Le « non » du héros du texte à la couronne de David n’avait aucun sens pour les foules. Ni d’ailleurs pour les pouvoirs du Temple.

Non ! Mais pourquoi pas ? L’Écriture prophétique ne disait-elle pas à propos du Fils de David :

 

« Qu’est-ce que l’homme pour que tu te souviennes de lui, ou le fils de l’homme pour que tu le visites ? Tu l’as fait de peu inférieur aux anges, tu l’as couronné de gloire et d’honneur, tu as tout mis sous ses pieds. »

 

La Guerre finale du Fils de David est d’autant plus légitime que le Roi, tout comme cet Adam qui découvrit la Source de la Jeunesse Éternelle dans le fruit de l’Arbre de Vie, son Fils, le Fils d’Ève de la Prophétie, était investi d’un Pouvoir surnaturel, que seul Dieu lui-même pouvait posséder, lui qui, en disant « Que cela soit », le faisait. Et Amen.

On imagine l’effervescence des foules lors de la multiplication des pains et des poissons. Le Fils de David était enfin né, la couronne de Jérusalem lui appartenait, et à Jérusalem appartenait le trône du monde. Et amen.

« Roi, roi, roi ». L’écho du cri des foules résonne encore sur les collines d’Israël.

Mais le héros du texte devient le méchant de l’histoire dès qu’on tourne la page. D’un simple geste de la main, le bonheur que l’on devine dans la rencontre du Roi Messie avec le peuple hébreu, et qui faisait vibrer les lignes au cours des premiers chapitres au rythme du cœur qui, après un coma, revenait à la vie en respirant et en se souvenant du tunnel dont il venait de sortir, peu à peu, pas à pas, coup après coup, vers après vers, le héros se dépouille peu à peu de ses atours et se retrouve nu jusqu’à marcher vers le Golgotha, où il lève les bras et se laisse crucifier comme s’il s’agissait d’ un vil malfaiteur. Soudain, le récit né avec la vocation d’une épopée renie sa vocation et se pare de drame, de tragédie. Et tous, les uns comme les autres, restent dans les ténèbres avec une question sur les lèvres : « Pourquoi ? »

Et un lecteur se lève et répond :

 

En effet, lorsqu’il est dit qu’« il lui a tout soumis », c’est qu’il n’a rien laissé qui ne lui fût soumis. Pour l’instant, nous ne voyons pas encore que tout lui soit soumis, mais nous voyons celui que Dieu a rendu un peu inférieur aux anges, Jésus, couronné de gloire et d’honneur pour avoir souffert la mort, afin que, par la grâce de Dieu, il goûte la mort pour tous. Il convenait en effet que celui pour qui et par qui sont toutes choses, qui se proposait de conduire de nombreux enfants à la gloire, perfectionnât par les tribulations l’auteur de leur salut.

 

Et nous entrons désormais dans la Pensée du Christ, c’est-à-dire dans la Tête de ce Héros né pour jouer le rôle du méchant. Que voulez-vous, du pain pour aujourd’hui et la faim pour demain ? N’est-il pas préférable de supporter la faim pendant un moment si c’est pour ne plus jamais avoir faim ?

Il est facile de traverser l’enfer quand on ignore la durée du voyage et les peines et fatigues qu’il faudra laisser derrière soi, et même si la flamme de l’espoir tient à distance le feu des maux qu’il a à vivre, et comme toute chose a une fin, on ne pourra jamais comparer cette souffrance et cet état de lutte constante à ceux de celui qui sait quel chemin il doit emprunter, combien de coups il va encaisser et combien de temps durera le voyage. C’est comme si le héros d’une tragédie prenait conscience de son existence à l’instant même du point final et devait revivre le prologue, mais cette fois en connaissant ligne par ligne l’histoire de sa vie. Ni le pain n’est plus le même, ni l’eau n’aura le même goût pour lui.

Ainsi, lorsque les génies, en étudiant la Bible, comprirent que l’Ancien Testament est le scénario que devait apprendre le héros du Nouveau, à tel point que même son rêve était écrit, et ne croyant pas que l’être humain puisse endurer un tel supplice, et comme en effet personne au monde ne naît en sachant, et estimant qu’une telle chose était impossible, ils ont inventé le faux témoignage selon lequel le scénario jésucristienaurait été rédigépost mortem. Ninive tombait et les Hébreux écrivaient : « Dieu l’avait déjà dit », se trompant ainsi eux-mêmes et trompant le monde, ou du moins essayant de tromper le monde en faisant croire à l’existence d’un Dieu capable de lire l’avenir avec le même naturel que nous lisons un livre.

Les apôtres, en tant que disciples de cette école de « falsificateurs », inventèrent pour leur rabbin de Nazareth un scénario dans lequel ils mêlèrent la conception qu’avaient les Hébreux du Fils de David à la conception de la divinité qu’ils s’étaient forgée dans leurs rêves les plus romancés. Le résultat : un héros né de Dieu et d’une femme, qui conserve tous les attributs de son Père et tous ceux de sa Mère, qui est Fils de Dieu par l’Esprit et, par la chair, fils de l’Homme. Et il meurt, mais la mort ne peut le retenir, et il ressuscite, l’auteur préservant ainsi la cohérence entre le début et la fin

En tant qu’écrivain, il faut l’avouer, l’ auteur de l’Évangile a écrit le livre le plus vendu au monde ; sa composition brise tous les moules, sa structure littéraire sort de tous les genres, il s’élève comme unique en son genre. Le phénomène jésucristien est d’autant plus merveilleux que l’auteur était – du point de vue de l’histoire des lettres et des sciences – un véritable analphabète.

Mais contrairement à l’Auteur de l’ Évangile, l’auteur de l’Épître aux Hébreux n’était pas, pour parler entre collègues, un plouc. Saul était un esprit cultivé, imprégné de la philosophie du judaïsme de son époque. Disons, à la décharge de ses compatriotes, que ce ne sont pas les chrétiens qui ont été les premiers à apprendre à maîtriser les armes « de l’ennemi » afin de désarmer l’ennemi. Les Hébreux ont été les premiers à utiliser les sciences classiques pour vaincre les Grecs avec leurs propres arguments. Ils vivaient parmi les Grecs. La séparation radicale entre Grecs et païens, à l’exception de quatre rabbins et demi, n’était pas connue à l’époque des Romains. Ce n’est qu’à la suite des persécutions que les Hébreux ont commencé à prendre leurs distances par rapport aux païens lorsque ceux-ci se sont convertis au christianisme. Et lorsque les chrétiens sont devenus un empire, cette séparation s’est transformée en abîme.

Saül s'oppose aux chrétiens du point de vue du judaïsme, tandis que Paul s'oppose aux Hébreux du point de vue du christianisme, pleinement conscient que le judaïsme était le mal des Hébreux et que le salut des Hébreux résidait dans le christianisme. Selon sa pensée, le judaïsme était le résultat d’une accumulation d’erreurs qui, au lieu de faire marche arrière et de s’orienter vers la vérité, entraînait les Hébreux vers cet abîme dans lequel les Juifs allaient sombrer et au fond duquel se trouvait l’Holocauste.

« Du pain pour un lendemain qui ne finira jamais et la faim pour un jour qui s’écoule comme de l’eau entre les doigts ! », telle fut la réponse de Paul au « Pourquoi » qui résonnait dans les déserts de Judée depuis le Calvaire :

 

Car tous, tant celui qui sanctifie que ceux qui sont sanctifiés, proviennent d’un seul, et c’est pourquoi il n’a pas honte de les appeler frères, en disant : « Je proclamerai ton nom à mes frères, au milieu de l’assemblée, je te louerai ». Et ensuite : « Je mettrai ma confiance en Lui. » Et encore : « Me voici, moi et les enfants que le Seigneur m’a donnés. » En effet, de même que les enfants ont part au sang et à la chair, de même Il y a pris part afin de détruire par la mort celui qui tenait le pouvoir de la mort, c’est-à-dire le diable, et de libérer ceux qui, par crainte de la mort, étaient toute leur vie assujettis à la servitude…

 

À quoi cela sert-il à l’Homme d’atteindre l’ immortalité si son Être devient le refuge d’un Mal infiniment plus nuisible, son esprit restant exposé à une maladie infiniment plus maligne ? Est-ce se pourrait-il que le Diable n’ait pas été un fils de Dieu ? À quoi nous sert la paix aujourd’hui et la guerre demain et après-demain ? Et d’un autre côté, du point de vue de l’Auteur du Texte, comment un roi pourrait-il comprendre son peuple s’il ignore la raison pour laquelle l’ Homme ne peut pas vivre selon un scénario écrit ? N’était-il pas logique que, cherchant à faire comprendre à son Fils la nature de Sa création, Dieu l’ait fait homme afin que, par l’être et non par les mots, il comprenne par l’expérience ce qu’ il ne comprendrait jamais par la théorie ?

Certes, certains disent que toute expérience peut s’exprimer par des mots, mais ce sont ceux qui n’ont guère vécu d’autre expérience que celle d’un animal domestique. Il y a des souffrances que l’on ne comprend qu’après les avoir vécues, et des joies que l’on ne saisit qu’en les traversant. L’autre approche, comprendre sans vivre, est celle des imbéciles. Et en allant jusqu’à cet extrême, je crois avoir donné un sens plus profond à un terme extrêmement dénaturé par le pouvoir politique, compte tenu de la bêtise qui règne dans la structure d’accès au pouvoir, où l’on constate que la médiocrité est la condition indispensable du succès. La première condition pour être politicien est de donner l’impression de tout savoir, ce qui finit, avec l’habitude, par produire l’effet psychanalytique parasympathique de se croire soi-même, en tant qu’imbécile, celui qui sait vraiment tout. Et bien sûr, voilà où en est la démocratie.

Pour en revenir à Paul, notre sujet, si le lecteur voit en Saul, en tant que Juif, quelqu’un qui a réagi au texte comme s’il était entraîné par la force séculaire qui, depuis la nuit des temps, conduisait la nation des Israélites vers l’abîme de l’Holocauste, l’Hébreu en Paul répondait à la lecture du Texte sacré avec l’esprit du jésucristianisme le plus profond, et, dirons-nous, transgressait par écrit ce qui, par la parole, était interdit à tous les apôtres, à savoir faire connaître le mystère du Royaume des cieux au public. Et pourtant, c’est parce que les éclats de cette « sagesse mystérieuse, interdite, dont on ne parlait qu’entre les parfaits » lui échappaient des mains comme une lumière impossible à comprimer, à éteindre, que les siècles futurs, domaine des imbéciles, ont voulu accuser Paul d’être l’inventeur du christianisme.

L’invention du christianisme, en tant que mouvement littéraire, dont le corps est réduit à un livre, fut l’œuvre des Apôtres, dont la prédication eut pour fruit Paul lui-même. Car si c’est le Héros même du Livre qui lui apparaît pour le salut des chrétiens, Saul n’écoute pas la doctrine de la bouche de Jésus, mais de celle de ses disciples. De sorte que l’argument selon lequelle christianisme aurait été inventépar saint Paul n’était qu’un discours d’imbéciles qui ne prouve rien d’autre que la facilité avec laquelle l’argent et ses sages s’allient à quiconque leur fait de l’œil.

Quel que soit le mystère du Royaume des cieux, dont il leur était interdit de révéler les secrets au public « en public », c’est le discours des apôtres, destiné à faire bonne figure, qui se poursuit ainsi :

 

Car, comme on le sait, il n’est pas venu au secours des anges, mais de la descendance d’Abraham. C’est pourquoi il devait devenir en tout semblable à ses frères, afin de devenir un Souverain Sacrificateur miséricordieux et fidèle dans les choses qui concernent Dieu, pour expier les péchés du peuple. Car, dans la mesure où Lui-même a souffert en étant tenté, il est capable d’aider ceux qui sont tentés.

 

Quel est donc ce mystère ! Nous le dévoilerons un peu plus loin, à mesure que nous nous frayerons un chemin à travers la forêt des siècles jusqu’à nous retrouver en pensée face à l’auteur de cette Épître.

 

 

III

L’avenir du judaïsme

 

Plongeons-nous dans l’esprit de saint Paul. Situons-nous dans la période qui s’étend de la chute d’un Temple, fierté et fondement d’une nation, transformé par le mystère des siècles en « repaire de voleurs », jusqu’à l’édification d’un nouveau Temple, gloire des nations. Et analysons les causes de la chute du Temple des Juifs, scellée par décret et portant le nom de celui qui avait érigé cet ancien Temple, le même Dieu des prophètes et Seigneur de Salomon.

Disons que, Dieu ayant été l’ Auteur de ce Temple, il était tout à fait naturel que ce soit Lui qui donne l’ordre de sa destruction. Mais pourquoi ?

Eh bien, le Temple a abandonné Dieu pour l’or. Tout le Temple de Jérusalem avait été destiné à servir de trésor au Sanhédrin. Et ce trésor, comme celui de n’importe quel État, reposait sur les impôts. À la différence de n’importe quel État, qui fournit des infrastructures en échange et doit maintenir la paix, la liberté et la justice grâce aux fruits des recettes fiscales de tous, l’État juif sacerdotal, bien que soumis à l’ Empire sur le plan civil, offrait en échange de ses impôts sacrés : le pardon des péchés. Autrement dit, le péché devint la poule aux œufs d’ or.

Et puisque le péché était devenu la source de l’ impôt des Templiers, il était tout naturel que le prêtre cultive la conscience du peuple juif afin de faire de toute sa vie un péché, lui volant ainsi sa vie en échange d’une conscience pure et de la garantie du salut éternel.

Les effets de cette rupture de la relation entre Dieu et l’Homme nous sont présentés dans l’Évangile sous la forme d’une société profondément schizophrénisée, terrain propice à toutes sortes de maladies mentales et fief de toutes sortes de criminels sous des soutanes sacrées. C’est contre cette perversion de la relation sacerdotale entre Dieu et l’Homme que se dresse le Christ et, ouvrant la bouche, ordonne sa chute. Le contraire – que Jésus se soit tu – aurait été un miracle, mais celui du Diable.

Au fil des siècles, nous avons une reproduction de la situation des Templiers de Jérusalem contre laquelle Dieu s’est dressé, et à un niveau plus large, dans l’attitude de l’Église romaine à la veille de la Réforme. Les papes avaient redécouvert la poule aux œufs d’or et, conscients de l’ignorance des peuples chrétiens de l’époque, au lieu de lutter contre cette ignorance, ils s’unirent pour en faire leur mine de diamants, et, imitant les saints pères de cette Jérusalem des voleurs en tuniques sacrées, « les saints pères romains » ont cultivé la conscience chrétienne pour semer le péché et récolter, grâce aux indulgences, l’armée d’impôts avec laquelle la théocratie romaine a servi au Diable la division des Églises.

Nous avons donc sous les yeux, puisque nous nous sommes mis dans la peau de saint Paul, une véritable révolution. Un temple qui, sous prétexte d’être indestructible, puisque Dieu l’avait créé, s’était livré à l’animalité la plus avancée, et faisait face à sa destruction totale et définitive. À sa place, un groupe d’analphabètes (les apôtres) est en train de construire un nouveau temple, non pas fait de pierres, mais fondé sur l’ esprit d’une foi surnaturelle, qui proclame haut et fort :

 

Vous donc, frères saints, qui participez à la vocation céleste, considérez l’Apôtre et le Pontife de notre confession, Jésus ; fidèle à celui qui l’a créé, comme l’était Moïse dans toute sa maison. Et il est jugé digne d’une gloire bien plus grande que celle de Moïse, dans la mesure où la gloire de celui qui l’a construite est plus grande que celle de la maison. Car toute maison est construite par quelqu’un, mais le Créateur de toutes choses, c’est Dieu. Et Moïse a été fidèle dans toute sa maison, en tant que ministre chargé de rendre témoignage aux choses qui devaient être dites ; mais le Christ est, en tant que Fils, à la tête de sa maison, c’est-à-dire de nous, si nous conservons fermement jusqu’à la fin la confiance et la gloire de l’espérance.

 

C’est-à-dire que, d’un Temple fondé sur l’ignorance de l’homme — car les Juifs n’ont pas connu l’existence du Fils de Dieu, au sujet duquel Moïse n’a rien dit —, nous passons à un Temple spirituel fondé sur la connaissance de cette existence. Et grâce à cette nouvelle sagesse , l’Homme cesse d’être un « corps de péché » pour devenir le « Corps du Christ », ou, ce qui revient au même, tout achat et toute vente du pardon des péchés sont abolis, et en vertu de cette même loi jésucrétienne : le pardon sacerdotal, en tant que marchandise, devenait et devient un crime contre Dieu et le salut des nations, et c’est pourquoi l’Église catholique, lors de la confession, librement et volontairement, accorde ce pardon pour les fautes des chrétiens.

Mais nous voyons que dans l’Ancien Temple, ce « pardon » était soumis à un rite et coûtait le sacrifice d’un animal, quadrupède ou ailé, et si, à ses débuts, le pécheur apportait de son propre bétail, le Temple se transforma en écurie et en étable où le bétail attendait son pécheur, et le sacerdoce, devenant un monopole, cultiva le péché comme moyen d’attirer le pécheur vers son commerce… L’abomination que cette transmutation d’ une réalité sainte en une autre répugnante représentait aux yeux de Dieu provoqua chez Jésus-Christ la célèbre explosion de colère que, bien des années plus tard, Luther voulut faire revivre dans sa protestation lorsqu’il s’éleva contre la répétition de cette situation abominable, à l’échelle européenne, que l’Église romaine était en train de mener à bien.

Un prix très élevé, donc, que paya l’ Église catholique pour s’opposer à sa conversion en une théocratie impériale où l’évêque romain devenait le Souverain Pontife, non pas à l’image de Jésus-Christ, mais à celle du Souverain Pontife du Temple des Juifs. Et pourtant, l’évêque romain est infaillible, il n’a jamais péché, il ne peut se tromper, et il est saint. Amen.

Mais ceux qui élevaient l’édifice de l’Église catholique sur le fondement de l’Esprit, tout comme l’auteur de cette épître, étaient bien loin de se perdre dans des visions d’un avenir déjà écrit et, face auquel ils ne pouvaient rien faire, ce n’était pas leur problème. Ce qui leur incombait, c’était l’édification du christianisme.

Le christianisme est, avant tout et par-dessus tout, la continuation surnaturelle de la religion de Moïse, l’aboutissement final et définitif de l’espérance des patriarches. Dans le christianisme, c’est Dieu qui s’ouvre à toutes les nations, non pas pour les dominer par la terreur de sa toute-puissance, mais pour les faire participer à sa vie par l’amour du Créateur pour sa création ; Dieu ne recherche pas, ne veut pas et ne se complaît pas dans la crainte d’un Créateur tout-puissant, Dieu recherche la réponse joyeuse et libre d’un fils à son Père. C’est, donc, le christianisme de Jésus, issu du judaïsme, une révolution ontologique, existentielle, transcendante, eschatologique, mystique, divine, sublime, apothéotique, si hors du commun qu’elle n’aurait pu être conçue que dans l’esprit d’un fou. Comment concevoir que Dieu traite de fils sa propre créature, façonnée à partir de la boue ! Et pourtant, il était écrit dans ses livres : « Il sera pour moi un fils et je serai pour lui un père », et de bien d’autres façons encore.

Le problème entre le christianisme de Jésus et le judaïsme de ce Temple était donc que l’adoption de l’ Homme par Dieu en tant que fils impliquait la spiritualisation de l’être humain, c’est-à-dire son immunisation contre le péché, et le péché devenant un souvenir du passé toute la structure économique sur laquelle reposait l’État théocratique juif s’effondrait, et, étant des pères et des saints, il était tout à fait naturel qu’entre eux et « ce fou » de Christ, Jésus de Nazareth, il faille être sacrifié.

Notons que lorsqu’on donne à choisir entre soi-même et quelque chose d’autre, c’est toujours « soi-même » qui y perd, car il semble que personne n’aime qu’on lui donne le choix, et même la vérité elle-même est méprisée lorsqu’elle est présentée comme objet de choix. À ce point le comportement humain est-il schizophrénisé depuis la chute du Premier Homme !

Et ce qui était le plus important pour les apôtres, non pas en tant que fondateurs d’une nouvelle religion, mais en tant qu’hommes, c’était que le choix les concernant était une cause perdue d’avance et que le sort de Jésus, qu’il prenne plus ou moins de temps, était leur destin. Une tragédie, cependant, qui les laissait libres de se consacrer à leurs propres affaires et de ne pas perdre leur temps à essayer de faire changer d’ avis les Juifs. Jésus-Christ s’était sacrifié pour eux, et ils devaient se sacrifier pour nous, le reste n’était qu’une histoire à dormir debout.

 

C’est pourquoi, comme le dit le Saint-Esprit : « Si vous entendez aujourd’hui sa voix, n’endurcissez pas vos cœurs comme lors de la rébellion, comme au jour de l’épreuve dans le désert, où vos pères m’ont tenté et mis à l’épreuve, et ont vu mes œuvres pendant quarante ans ; c’est pourquoi je me suis irrité contre cette génération, et j’ai dit : Ils s’égarent sans cesse dans leur cœur et ne connaissent pas mes voies, et ainsi j’ai juré dans ma colère qu’ils n’entreraient pas dans mon repos ». Veillez, frères, à ce qu’il n’y ait parmi vous aucun cœur mauvais et incrédule, qui s’éloigne du Dieu vivant ; mais exhortez-vous mutuellement chaque jour, tant que dure l’« aujourd’hui », afin qu’aucun de vous ne s’endurcisse sous l’emprise de la tromperie du péché. Car nous avons été rendus participants du Christ, à condition de conserver jusqu’à la fin la ferme confiance du commencement ; tandis qu’il est dit : « Si aujourd’hui vous entendez sa voix, n’endurcissez pas vos cœurs comme lors de la rébellion ». Qui, en effet, se sont-ils rebellés après avoir entendu ? N’étaient-ce pas tous ceux qui sont sortis d’Égypte sous la conduite de Moïse ? Et contre qui s’est-il irrité pendant quarante ans ? N’était-ce pas contre ceux qui ont péché, dont les cadavres sont tombés dans le désert ? Et à qui d’autre qu’aux désobéissants a-t-il juré qu’ils n’entreraient pas dans le repos ? En effet, nous voyons qu’ils n’ont pas pu y entrer à cause de leur incrédulité.

 

Clôture de la discussion qui s’est traduite en termes historiques par la décision du Concile de 1949 de rompre définitivement tout dialogue en faveur du judéo-christianisme.

Le Juif – hier comme aujourd’hui – n’a qu’une seule option : son intégration dans l’humanité, et l’humanité étant soumise au Fils de Dieu, l’avenir du judaïsme réside dans sa conversion au christianisme, car le judaïsme était avant tout et par-dessus tout un rejet de l’humanité, une haine envers l’Homme en tant qu’homme et une déclaration de supériorité de la race juive sur toutes les nations.

Autrement dit, selon la loi de la sagesse qui dit que chacun est tourmenté par ce dont il tourmente les autres, le judaïsme a trouvé dans le nazisme son maître à jouer, l’ Holocauste ayant enterré à jamais le concept du Juif en tant que race supérieure appelée à dominer toutes les nations, doctrine schizophrénique d’une grande dangerosité suicidaire et homicide qui perdure encore au sein de l’État d’ Israël, comme on peut le constater sur le Web. Et qui, en perdurant, continue de cultiver au sein de la société israélienne la folie de la destinée de la race juive…

 

IV

L’avenir de l’Église

 

En parlant entre enfants de Dieu et en adoptant le langage créateur comme celui qui est naturel à notre pensée, lorsqu’il s’agit de voir Dieu en action, aucune image de départ n’est meilleure que l’expression du mouvement de son Esprit sur les eaux, en l’occurrence, du Temps. En transposant cette contemplation sur la terre ferme, disons qu’à mesure que Dieu avance sur le champ des siècles, les éléments s’incarnent et prennent vie de manière intelligente, conformément à l’action que Dieu a en Pensée. Nous pouvons également comparer ce Mouvement aux pages d’un livre dont le support n’est pas le papier mais la Vie elle-même ; les siècles en sont les chapitres, et ils s’écrivent au mesure où Dieu avance « au-dessus des eaux des millénaires ». Dans cette Action du Créateur, le Présent est toujours le champ d’action se rapportant à la Vie, le Passé la Mémoire de la Création et l’Avenir est toujours la vision du Mouvement Universel par Celui qui le dirige par sa Pensée et le produit par sa Volonté.

Sur le terrain des créatures, des acteurs du moment, la comparaison de l’Histoire avec un Grand Théâtre, si on en saisit le sens à partir de l’Action créatrice, et en considérant la Vie depuis cette perspective, ceux qui, vivant ce Mouvement, n’ont pas pu atteindre la vision de l’Esprit sous l’impulsion omnisciente et tout-puissante duquel se déroule le drame de l’humanité, ne se sont pas trompés. Nous pouvons parler de « théâtre des opérations », car le genre humain se trouve en guerre civile perpétuelle, d’une part, et en guerre universelle pour la survie, d’autre part, mais nous pouvons très difficilement donner raison à ceux qui confondent ce Grand Théâtre des Opérations avec un théâtre de marionnettes.

Ce n’est ni un cirque de clowns ni une comédie, le genre auquel appartient notre histoire. À l’origine, c’était une épopée, une lyrique de l’existence sur des lignes d’étoiles, une grande épopée chantée à la lueur de la lune par un amoureux de l’aube, l’aurore enchantée récitant des poèmes dans les bras des siècles, l’augure des générations recevant par des baisers les voix qui lui parviennent du futur, des rêves magiques tissant des vocationsin utero, ah, offrez-moi des gâteaux aux raisins secs, baignez-moi d’eau de citron, entourez-moi de bras de cocotiers, je suis Sarón, un lys des vallées, un œillet des océans, le souffle du vent, le rire des montagnes, pluie de sang sur le désert, mon jour est un grand moment, ma nuit l’adieu de celui qui quitte la scène pour et à cause de vous !

Celui de la Volonté duquel tout dépend ne l’a pas voulu, pas plus que celui qui dépend de cette Volonté pour Être, et pourtant le Grand Théâtre de la Vie du Genre Humain est devenu une tragédie, l’une de ces grandes, de celles qui enveloppent dans leurs entrailles d’innombrables drames, la poudre qui détruit dans sa chair d’innombrables nations, le fleuve des passions remplissant le seau dans lequel se noieront des rêves indicibles, le bûcher des Manifestes, la Guerre éternelle, un plat de viande d’enfant à une roupie la livre, le litre de sang vierge à un centime, la mâchoire d’un âne pour briser la tête du Corps du Christ, la Grande Tragédie, fosse toujours ouverte mâchant des générations, les enfants des ténèbres vendant leurs âmes pour l’empire des soupirs, la nuit des loups qui ne finit jamais, le barde ne se peint pas de taches de lune sur les joues, mais d’inscriptions de guerre : « Mort, mort à l’infidèle, à celui d’en bas, à celui d’en haut, mort, mort, danse, maudit, ne perds pas le rythme, le courage se mesure sur le champ des os, bois la moelle des os du Christ. Ô César, le baiser de la Fraternité des esprits… purs, subtils, légers et doux… ne laisse pas le poète chanter des hymnes au Seigneur des enfants, voici la preuve, son mal s’étend d’une mer à l’autre et a déjà pris racine depuis les Colonnes d’Hercule jusqu’à la mer des Bretons, bientôt ils réclameront ta tête, et l’Empire des Romains, celui des Barbares, et même celui qui n’est encore qu’un fœtus, sera banni de la surface du monde, César, feu, feu !....

Nous avons donc, en résolvant les mystères, constaté que celui qui fut et celui qui est ne font qu’un, la manifestation de la pensée de cet Esprit qui, par sa Volonté, dirige l’ Histoire, qui, par ses Paroles, écrit la Mémoire de l’Humanité et qui, parmi les pierres, prend pour lui des enfants et des serviteurs ; Il ouvre ses bras et la terre se met en mouvement, s’habille de chair et devient Peuple. Et chacun d’entre nous, tant ceux qui sommes ici que ceux qui ont été, nous jouons tous notre rôle sur la scène des siècles, chacun vivant son propre scénario à pleine puissance, sans concessions, une passion sauvage qui se transforme en intelligence pour élever à son expression la plus haute la puissance de l’Être, la musculature de la pensée forgée dans les forges des siècles, qui martèle les nerfs, endurcit les ligaments, que sa tête soit dure comme le basalte et que ses os soient comme du fer, créé pour être de coton et que sa peau ait le goût du raisin sec, forgeron, batteur de métaux, qu’il transpire du sang et respire du feu. Ô Dieu, qui croira qu’en dévorant tes enfants, tu ne te lèveras pas pour précipiter jusqu’en enfer l’infâme ennemi !

Voici Paul, et Pierre, Jacques et Thomas, Philippe, Matthieu, Judas Alphée, et Sébastien, et… une forêt qui avance, portée au rythme de l’Esprit, à travers le champ des Millénaires.

Il n’y a pas de division entre les enfants de Dieu, y en a-t-il parmi les arbres de la forêt ?, parmi les soldats qui adorent leur roi et avancent comme un seul corps à la rencontre de l’ennemi ? « Que vois-tu, homme ? ! ». « Je vois des arbres qui marchent ». Eh bien, marche toi aussi. Et lance un cri de guerre : Alléluia !

Les Alléluias retentissent, car l’Hier est passé, l’Aujourd’hui est là et le Demain naît à l’horizon naissant, car tant qu’il y a de l’Esprit, il y a un Avenir pour l’Homme.

Comment, alors, comprendre Paul ou Pierre sans l’Esprit ? La science et les livres peuvent-ils remplacer la vie de l’ Esprit ? Et puisque l’Esprit est un seul et même Esprit, dans quelle mesure la vision de l’arbre peut-elle être différente de celle de la forêt ? N’est-ce pas la Vie de la forêt qui anime celle de l’arbre ? Ou bien l’arbre peut-il subsister sans la forêt ? La joie de l’arbre n’est-elle pas d’être la forêt ? Hélas, arrosez mes os de jus de raisins secs, nourrissez ma chair de crème de noix de coco, asseyez-vous à mon ombre, voyez comme il est bon de sentir la fraîcheur de mes doigts dans le vent, contemplez l’horizon des siècles tandis que vous vous reposez sur ma poitrine ! Ne voyez-vous pas ces lumières sur la colline de l’Ouest ? C’est l’avenir qui se lève au plus profond de vos enfants, respirez leurs voix, sentez leurs pieds sur le sol, collez votre oreille à mon écorce, écoutez leurs chants et leurs jeux ; des oiseaux s’envolent, faits d’un métal si subtil que même un enfant peut en déplacer la masse par la seule force de sa pensée ; la Nature, toute parée en fée marraine, fait en sorte que les éléments eux-mêmes portent dans leurs paumes des peuples entiers au-dessus des eaux des océans.

Regardez vers l’avenir et puisez des forces pour le présent ; ce que vous sèmerez, vos enfants le récolteront.

Si vous me mettez le feu, je brûlerai, et qui vous donnera de l’ombre quand le Soleil brûlera ?

Qu’ont-ils vu, en fin de compte, Paul et Pierre, Jacques et Jean, Philippe et Thomas, Matthieu et Judas Alphée, et les autres ? Car chacun d’entre nous regarde vers l’avenir depuis le siècle où nous vivons, et puisque l’avenir est par rapport à eux et qu’ils sont le passé par rapport à nous, et que nous faisons tous partie du même Mouvement, la question est pertinente et en même temps pleine d’énigmes et de mystère.

Nous ! C’est nous qu’ils ont vus !

Ils ont tout fait pour nous. Ils se sont rendus à l’abattoir pour nous, ils ont tout donné pour nous, ils sont montés sur la croix pour nous. Ils nous ont vus et n’ont pas hésité, ils se sont levés et avec eux, la forêt s’est mise en marche ! Et ils ont été pour les Patriarches et les Prophètes ce que nous avons été pour eux : l’Avenir, le Demain qu’ils ont vu, assis à la lisière de la forêt, au bord des eaux sur lesquelles l’Esprit s’est mis en marche jusqu’à nous rejoindre. Et l’Esprit continuera d’avancer jusqu’à ce qu’il atteigne eux, l’avenir que nous voyons depuis cette rive, de l’autre côté de la rive depuis laquelle ils nous ont vus.

Dieu ne s’arrête pas. La forêt s’arrête pour reprendre son souffle, mais les éléments poursuivent leur œuvre. Il en va de même pour Dieu. Et dans le sein du Créateur, que le repos est doux !

Mais revenons à Paul et à ses Hébreux.

 

 

V

Jésus-Christ, Souverain Pontife universel

 

Craignons donc que, alors que la promesse d’entrer dans son repos subsiste encore, certains d’entre vous ne croient être arrivés trop tard. Car, tout comme à eux, ce message s’adresse aussi à nous : et il n’a servi à rien à ceux-là d’avoir entendu la parole, puisqu’ils l’ont entendue sans foi, ceux qui l’ont écoutée. Entrons donc dans ce repos, nous qui avons cru, selon ce qu’il a dit : « Comme il a juré dans sa colère : Ils n’entreront pas dans mon repos », bien que les œuvres fussent achevées depuis la création du monde. En effet, dans un certain passage, il parle ainsi du septième jour : « Et Dieu se reposa le septième jour de toutes ses œuvres ». Et dans celui-ci, il dit à nouveau : « Ils n’entreront pas dans mon repos ». Il s’ensuit donc que certains doivent entrer dans le repos, et que ceux à qui la la bonne nouvelle n’y sont pas entrés à cause de leur obstination ; il désigne à nouveau un jour, « aujourd’hui », déclarant par la bouche de David, après tant de temps, ce qui a été dit plus haut : « Si aujourd’hui vous entendez sa voix, n’endurcissez pas vos cœurs ». Car si Josué les avait fait entrer dans le repos, il (David) ne parlerait pas d’un autre jour après ce qui a été dit. Il reste donc un autre repos pour le peuple de Dieu. Et celui qui est entré dans son repos se repose aussi de ses œuvres, comme Dieu s’est reposé des siennes. Hâtons-nous donc d’entrer dans ce repos, afin que personne ne tombe dans ce même exemple de désobéissance. Que la parole de Dieu soit vivante, efficace et plus tranchante qu’une épée à double tranchant, et qu’elle pénètre jusqu’à la division de l’âme et de l’esprit, jusqu’aux jointures et à la moelle, et qu’elle discerne les pensées et les intentions du cœur. Et il n’y a rien de créé qui ne soit manifeste en sa présence ; au contraire, tout est nu et découvert aux yeux de celui à qui nous devons rendre des comptes. Ayant donc un grand Souverain Sacrificateur qui est entré dans les cieux, Jésus, le Fils de Dieu, restons fidèles à notre confession. Notre Souverain Sacrificateur n’est pas de ceux qui ne peuvent pas compatir à nos faiblesses ; au contraire, il a été tenté en tout comme nous, à l’exception du péché. Approchons-nous donc avec assurance du trône de la grâce, afin de recevoir la miséricorde et de trouver la grâce pour une aide opportune

 

Et puisque la vision de l’avenir est la source du mouvement et que seul un fou ou un démon marche vers l’enfer, la question est tout à fait naturelle : quelle Église les apôtres ont-ils vue ? Ils étaient les bâtisseurs de l’Église, et avançant dans la direction de son édification, et personne ne pouvant rien faire sans avoir d’abord vu le plan de l’édifice, selon ce que Moïse lui-même avait vu lorsqu’on lui dit : « Fais tout selon ce qui t’est montré », il est tout à fait naturel que nous nous interrogions sur les plans de l’Église qui leur ont été montrés aux bâtisseurs et selon la vision desquels ils se sont mis à l’ œuvre.

L’Église que Paul et Pierre ont-ils vue était-elle cette Église romaine des Xe et XIe siècles, livrée à la sorcellerie, au meurtre, avec des chiens pour évêques, une école de criminels de la pire espèce, à tel point que le diable vêtu d’une soutane s’est élevé au rang de chef des évêques ?

Ou bien l’Église pour laquelle Paul et Pierre sont morts était-elle cette autre vision de l’Église romaine des XIIe au XIVe siècles qui s’est enlisée dans la boue et a transformé toute la chrétienté en ce que les pontifes juifs ont fait de toute la communauté juive mondiale, une mine d’or ?

Ou bien l’Église dont les pierres ont été sanctifiées par l’aspersion du sang des premiers chrétiens était-elle cette Église romaine entièrement mise au service d’une famille du XVe siècle et l’Église catholique, l’esclave d’un tel « seigneur » ?

Ou bien l’Église pour laquelle les apôtres ont tout enduré sera-t-elle l’Église du XXIe siècle, Corps divin dont la Tête est le Pontife éternel, Jésus-Christ, et où personne n’ose se nommer Pontife ni se proclamer Patriarche, et où tous les évêques sont frères dans le même Dieu et serviteurs du même Seigneur ? Car il est écrit : « Béni soit celui qui fléchit les genoux devant Dieu » !

Nous sommes en guerre contre l’Enfer. Dieu est en état de guerre contre la Mort depuis le jour où Satan, « l’ ancien serpent », a utilisé le premier homme comme arme de guerre contre le Saint-Esprit. Et nous ne voyons pas que la Victoire soit accomplie. Mais comme l’a dit saint Paul : « Nous voyons bien Celui qui, en se plaçant à l’avant-garde, a été couronné, pour son obéissance jusqu’à la Croix, afin de nous conduire à la victoire finale, Jésus-Christ ! ». Et qui est celui qui s’endort en plein champ de bataille alors que le feu fait rage et que le sang coule à flots ?

En effet, en ce qui concerne le Pontificat-Patriarcat, nous savons que nul ne peut se tenir debout devant le Dieu de l’Éternité, réalité qui s’est manifestée par l’abolition du sacerdoce hébreu ; en effet, ne pouvant confectionner la Veste du Saint, il était impossible que le sacerdoce atteigne la sainteté par le vêtement temporel, de sorte que Dieu en disposa ainsi, le Pontife étant le seul à pouvoir se frayer un chemin devant la présence de Dieu, et parce qu’aucune créature ne peut se tenir debout devant son Créateur, Dieu a voulu que Celui qui est toujours là, son Fils, implore à genoux devant son Trône pour nous, et qu’il obtienne par l’Amour de l’Tout-Puissant ce que personne n’a pu lui acheter avec de l’or par la Crainte.

Serait-ce là la vision que Paul et Pierre eurent du nouveau sacerdoce, couronné par le pontificat éternel du Fils unique de Dieu, toute seigneurie d’ un serviteur sur les serviteurs du Seigneur Jésus, unique pontife universel, étant abolie par son couronnement ?

Ou bien serait-ce la vision du sacerdoce chrétien qu’ont eue Pierre et Paul, et que ces papes et patriarches théocrates ont incarnée dans leur chair et leur corps, eux qui ont revendiqué pour eux-mêmes l’ Imperium et se sont couronnés de jusqu’à trois couronnes, chefs d’armées, semeurs de zizanie parmi les nations chrétiennes, instigateurs de guerres fratricides et, en tout sauf dans le titre, empereurs par vocation ?

Or, nous savons que l’Église du Ciel est éternelle et que son évolution dans le temps répond à une même réalité : Jésus-Christ est son Souverain Pontife universel, et personne au Ciel n’ose se proclamer Pontife. Il est la Tête du Corps de l’Église de Dieu, et ce Corps, tout comme la forêt ne peut ni exister ni subsister sans les arbres, est le fruit de l’ existence des Églises des Peuples qui composent le Royaume de Dieu. L’ obéissance de toutes les Églises va à leur Tête, Jésus-Christ, et tous les évêques des Églises sont soumis au seul Seigneur éternel de l’Église de Dieu : Jésus-Christ. Sur les Églises de son Royaume, le Seigneur a ses pasteurs, comme on le voit dans sa Révélation, et c’est par eux qu’Il administre les Églises, et ces pasteurs, ne faisant qu’un avec le Pasteur universel, Jésus-Christ, servent Dieu Tout-Puissant en « paissant ses troupeaux », c’est-à-dire nous tous, sa Création. Car qui pourra se tenir debout devant le Dieu de l’Éternité et de l’Infini ? C’est pour cette raison, parce que nul ne peut se tenir debout devant l’Éternel, que Dieu a élevé son Fils au pontificat universel, afin que toute la Création ait pour Seigneur son Fils, et comme il est tout à fait naturel que le Fils vive en son Père, que tous les peuples trouvent en Jésus-Christ le Pontife qui trouve en Dieu un Cœur réceptif à ses supplications et un Esprit qui se répand par sa prière.

Comme au Ciel… ainsi sur la Terre !!

Ainsi, les Églises étant au service du Seigneur en tant que Pasteur universel et éternel, et leur mission étant de « paître les troupeaux de Dieu », nous, sa Création, le modèle de travail que les pasteurs ont sur Terre est celui que le Seigneur a exposé lors du premier Concile apostolique universel, c’est-à-dire en l’an 49, où les apôtres, en tant que pasteurs des différentes Églises, se sont réunis dans le même Esprit pour, en tant que frères ayant hérité de Dieu et administrant au nom du Seigneur cet héritage, Jésus-Christ étant l’Héritier final et originel de toutes choses, de maintenir unis les troupeaux de leur Seigneur et de les défendre contre l’enfer.

Mais si la vision de l’ action de l’Esprit de Dieu à travers les « eaux des millénaires » que Dieu a a montrées à ses apôtres, nous ne comprendrions pas et ne pourrions pas comprendre la racine de cette épître et des autres, qu’elles soient de Paul, de Pierre, de Jacques ou de Jean. Et comme je l’ai déjà dit plus haut, l’Esprit de Dieu étend le regard de ses enfants vers la fin vers laquelle Il marche ; il est donc tout à fait naturel que, s’étant accomplie, lors de la Résurrection, les fiançailles entre le Christ et son Église, le fruit de cette Union éternelle ait fait naître dans l’avenir une descendance, à propos de laquelle Paul écrivit aux Romains en disant : « Car la création attend avec impatience la manifestation des enfants de Dieu », c’est-à-dire la naissance de cette descendance de Jésus-Christ, le Seigneur, et de l’Église, son Épouse. Or, qui doute que les Apôtres étaient des enfants de Dieu ? Et pourtant, c’est Paul, un enfant de Dieu, qui affirme que la création attend avec impatience la manifestation des enfants de Dieu. Et si « elle l’attendait », c’est que la Génération que la Création attendait avec impatience « se trouvait » au sein de l’Église.

Et puisque toute Épouse scelle son mariage par des arrhes, dans ce cas-ci divines, et que c’est par cet anneau sacré que l’Épouse du Seigneur est reconnue, personne n’ignore que c’est l’ Église catholique qui est la Mère de ces enfants de Dieu « dont la naissance était attendue par la création tout entière », et en la voyant poindre à l’horizon, Paul la salua, au nom de tous les apôtres, en écrivant à notre sujet, en qui se manifeste la gloire de la liberté des enfants de Dieu.

Car, en effet, le serviteur est soumis en tout à son Seigneur, et le devoir et le décret sont son lot, mais le fils entre et sort librement de la Maison comme celui qui travaille pour lui-même, et sa part est la liberté et la volonté de son Père. Ainsi, le Seigneur n’a aucun secret pour son fils, tandis que pour son serviteur, ce sont le devoir et le décret qui régissent. Or, la Mère est en tout la Maîtresse de la Maison en ce qui concerne l’administration du service rendu au Seigneur, son Époux ; l’honneur de son Époux repose sur le sien, et sa gloire étant la descendance en Elle de son Seigneur et Époux, la liberté de ses enfants est sa gloire et la gloire de ses enfants est la sienne propre. Il en résulte qu’à celui à qui Dieu donne sa gloire, personne ne la lui enlève, et, étant fils du Seigneur, son obéissance va à son Père, et le serviteur devant accomplir son travail : celui qui, contre son devoir, fait le contraire de ce pour quoi il a été engagé, rompt le contrat avec son Seigneur et est chassé de la Maison du Seigneur. Car tant que le fils est enfant, il ne peut se lever pour défendre sa Mère contre des serviteurs infâmes, mais une fois devenu homme, il est en tout Héritier et agit dans sa Maison pour la gloire de son Père.

C’est donc Dieu, Éternel et Omniscient, qui produit tout le Mouvement, et tout ce qui bouge procède du souffle de son Esprit qui, répandant sa Pensée à travers l’Univers, ordonne l’Histoire de la Plénitude des Nations vers la Fin du Livre de la Vie de l’Homme sur Terre, à savoir la Victoire totale et absolue sur l’Enfer et la Mort. Et c’est dans ce Champ que nous évoluons tous, enfants, serviteurs et Peuple, chacun étant un arbre de la Forêt de la Vie, chacun un soldat des Armées du Seigneur, avançant à l’unisson, sans division, et formant Tous, dans l’Individualité « de l’Homme », que nous trouvons la gloire du Créateur, qui, tout en animant tout le Siècle, fixe son regard sur chacun de nous et guide nos pas à travers la scène de l’Histoire, recherchant, fruit de l’effort de tous, un effet unique.

Chacun doit se regarder en Lui, car c’est dans Ses yeux que se trouve le miroir qui reflète notre véritable réalité. Et si la force de l’homme est de vivre debout devant ses semblables, s’il est une malédiction de fléchir les genoux devant un autre homme, notre gloire est de fléchir les genoux devant le Roi que le Dieu de l’Éternité nous a donné à tous. Sa volonté est sagesse et salut. Y désobéir, s’y soustraire, la subordonner, et dans le cas extrême, se rebeller, c’est se lever en guerre contre le Roi. Ce que chacun donne, il le recevra : l’obéissance apportera la gloire, la désobéissance entraînera la rupture du contrat entre lui et le Seigneur de toutes les Églises, Jésus-Christ, Pontife universel et éternel, le Pasteur des pasteurs des troupeaux de son Père dans les cieux.

Sur la Terre comme au Ciel !

 

 

VI

Le vrai visage du Christ

 

Nous avons déjà vu que l’édification de l’Église catholique s’est déroulée selon un modèle céleste, fondé sur la filiation unique de Jésus-Christ, afin que, le prêtre tirant sa vie de Celui qui ne peut être détruit ni subir la corruption, la Vérité de l’Infini : le Père est Dieu, le Fils est Dieu, et le Saint-Esprit est Dieu, demeure « sans division » pour l’éternité dans les cieux. Mais comme il existe une division entre les Églises ici sur Terre, on peut déduire de cette vision historique que ses auteurs, les uns parce qu’ils n’ont pas compris cette Vérité – comme on le voit dans la question du « Filioque » –, et les autres parce qu’ils ont fait de cette Vérité une idole de lettres — comme on le voit dans la question de la « foi seule » —, les uns comme les autres et tous ensemble, et que celui qui est sans péché jette la première pierre, ont perdu la vue et, aveuglés depuis des siècles, ont été incapables de voir le Modèle du Temple qui avait été montré aux Bâtisseurs de l’Église.

On nous dira que, ces enfants de Dieu, de la descendance d’Abraham, étant morts, prétendre voir ce qu’ ils ont vu relève davantage de la médiumnité que de l’ intelligence vivante. Sur ce point, je leur donnerais entièrement raison si, en effet, comme le disent d’autres, Dieu était mort. Le Manifeste de la Raison n’étant pas plus que le hurlement d’un millénaire une heure avant de perdre la raison et de se lancer dans le champ de Gog et Magog pour conquérir le monde par des guerres mondiales, l’ excuse ne tient pas et le Modèle demeure. Or, afin de ne pas passer pour un rêveur, articulons notre pensée à partir de la logique et convenons avec nos maîtres que ce qui ne peut être saisi directement peut l’être indirectement ; selon cette méthode, celui qui ne sait pas ce qu’est la chaleur et ne connaît que le froid pourra au moins déduire, par déduction a contrario, à partir de ce qu’est le froid, ce qu’est la chaleur. Et bien que le recours à l’expérience sensorielle soit le dernier recours, sa légitimité est garantie par le fait que son existence est le principe même de la vie, le principe rationnel par excellence.

Or, si ce que nous ne voyons pas peut être appréhendé par ce que nous voyons, en déduisant des contraires la nature de ce que nous recherchons à partir de ce dont nous disposons, si nous adoptons comme point de référence rationnel la structure du Temple de Jérusalem qui a fait bouillir le sang de Jésus-Christ afin d’obtenir la vision réelle du Nouveau Temple, en déduisant le contraire de ce qu’il était, il faut d’abord analyser en profondeur cette structure et, en suivant la méthode logique, par opposition des propriétés, nous parviendrons, bien qu’indirectement, à la véritable structure de l’ édifice que Dieu montrera à ses enfants, les apôtres et les bâtisseurs de son Église.

Résumons donc pourquoi Dieu a rasé cette structure sacerdotale juive.

Au départ et par excellence, la religion des Juifs s’était transformée en une entreprise commerciale. Cette conclusion est mise en lumière par le fait que leurs « évêques » ne croyaient pas à la résurrection des morts, étape finale que même les religions des païens les plus brutaux, la résurrection des âmes étant un thème universel au point que ce credo constitue l’essence même du phénomène religieux. Ainsi, là où il y a religion, il existe une structure sociale orientée vers le modèle de résurrection populaire déterminé, et là où il n’y a pas de croyance en la résurrection des âmes, parler de religion revient à se livrer à un exercice d’ hypocrisie sans limites. Et pourtant, alors que le Juif se croyait « la race supérieure » et sa religion la plus noble et la plus élevée des croyances, son sacerdoce avait dégénéré en l’athéisme le plus infâme que l’on puisse imaginer. L’athée qui agit conformément à ses convictions est infiniment plus semblable à Dieu que celui qui, sans croire en Dieu, se pare des atours du prêtre.

L’issue de ce modèle sacerdotal jérusalémite ne pouvait être autre que celle que nous dépeint l’ Évangile : un monopole industriel dont le produit était le péché, et en conséquence, même respirer était un péché, dont l’expiation coûtait en fonction des moyens de chacun. Toute la Mishna et le Talmud de Jérusalem avaient pour fonction de multiplier les lois et les commandements au point de rendre impossible la vie de la conscience hébraïque dans le cadre de la Nature. Toute la théologie juive avait pour but d’inculquer au peuple une doctrine du péché et de l’expiation, contre paiement, de telle sorte que, dans le cadre religieux entre les limites duquel le Juif évoluait, chaque pas fût un péché et chaque mouvement un délit contre une loi de la Mishna ou du Talmud. Suivant ce modèle, le Temple et ses « pontifes » devinrent de grands percepteurs d’impôts, dont la fortune dépendait de l’ignorance du peuple et de son asservissement nécessaire aux lois infinies dont les clans aaronites avaient accablé la conscience des enfants d’Israël.

Il était tout à fait naturel que, soumis à une telle relation, dont le but était de transformer le croyant en une mine d’ or, et parce que la relation de l’homme avec son Créateur était devenue une « affaire sacrée », le Fils de Dieu ait eu la nausée face à cette théologie et que son sang se soit mis à bouillir contre ce repaire de voleurs qui, dissimulant leur de loup sous des titres pompeux et des vêtements sacrés, faisait de Dieu un fouet avec lequel fustiger le dos de la Nation.

Les effets d’une telle perversion de la relation entre Dieu et son peuple finirent par conduire les Israélites à un point épidémique de folie – « possédés de toutes parts » – et à une misère indescriptible – « la lèpre collective » – que nous dépeint l’Évangile, des effets qui ne se produisaient dans aucune nation de la civilisation régie par le droit romain à cette époque, et qui dénoncent, par leur singularité, la cause à l’origine d’une telle tragédie sociale, déterminante de la haine entre Jésus-Christ et le Temple. Le pontificat aaronite haïssait Jésus-Christ parce qu’il était le miroir dans lequel se reflétait son véritable visage, et, bien qu’horrifié par lui-même, n’étant pas disposé à renoncer à sa mine d’or, il se trouvait face à l’ alternative : « eux ou le Christ ».

Jésus-Christ donne la parole à l’impuissance des enfants d’Israël, massacrés en esprit par une caste sacerdotale dont l’immoralité et le despotisme ne connaissaient pas de limites et qui avait fait du péché sa théologie, transformant la Torah en un arbre maudit dont les branches maléfiques, la Mishnah et le Talmud, le fruit du péché se transformait – dans l’obscurité du Sanctuaire – en or béni. Et comme l’adoration de l’or l’emporte, chez l’homme animal, sur la force de l’adoration de l’Esprit, et l’or étant le dieu des pontifes juifs, il était tout à fait naturel que le Pentateuque et les Prophètes soient reconvertis en instruments au service de l’enrichissement des clans pontificaux de Jérusalem, dont le résultat fut la Mishná et le Talmud, ou comment faire de Dieu un esclave au service d’une caste sacrale.

Telle est donc la vision que les Hébreux ont une fois que Jésus-Christ leur a ôté la poutre de l’œil et qu’ils voient de leurs propres yeux la véritable réalité du Temple juif. Et ce sera, par référence logique, le modèle opposé au Temple que, depuis le Ciel, Jésus-Christ, désormais le Seigneur, présente à ses frères spirituels sur Terre et co-bâtisseurs de son Église universelle. En voyant cela, au nom de tous, saint Paul écrit ainsi :

 

En effet, tout souverain sacrificateur tiré du milieu des hommes est établi en faveur des hommes pour les choses qui concernent Dieu, afin d’offrir des offrandes et des sacrifices pour les péchés, afin qu’il puisse avoir compassion des ignorants et de ceux qui s’égarent, puisqu’il est lui-même entouré de faiblesse, et qu’à cause d’elle, il doit lui-même offrir des sacrifices pour les péchés, tout comme pour le peuple. Et personne ne s’attribue cet honneur de lui-même, si ce n’est celui qui est appelé par Dieu, comme Aaron. Et ainsi, le Christ ne s’est pas exalté lui-même en devenant Souverain Sacrificateur, mais celui qui lui a dit : « Tu es mon Fils, aujourd’hui je t’ai engendré ». Et conformément à cela, il dit ailleurs : « Tu es prêtre pour toujours selon l’ordre de Melchisédech ». Ayant offert, au cours de sa vie mortelle, des prières et des supplications avec de puissants cris et des larmes à celui qui était puissant pour le sauver de la mort, il fut exaucé en raison de sa crainte respectueuse. Et bien qu’il fût Fils, il a appris l’obéissance par ses souffrances, et, une fois parfait, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la source du salut éternel, déclaré par Dieu Souverain Sacrificateur selon l’ordre de Melchisédech.

 

D’où l’on voit que, à l’instar de ce Melchisédech, sans antécédents ni origine, Dieu institue un pontificat éternel, un seul Souverain Sacrificateur, Jésus-Christ, en qui le Fils lui-même adore le Père, et en qui le Fils de Dieu s’unit à toute la création pour adorer Dieu. Le but de la religion n’est plus l’or obtenu par le péché, mais devient le Chemin vers la vie éternelle dans la foi en Jésus-Christ. Et ce sera là la pierre angulaire sur la solidité et l’indestructibilité de laquelle reposera le Nouveau Temple, Maison de l’ Église de Dieu, qui naît pour être l’Épouse du Seigneur et maintenir vivante la Vérité éternelle.

À l’inverse, par conséquent, tous les dons divins sont offerts gratuitement – comme on le voit dans les sacrements – et la fin sacrée du Nouveau Sacerdoce n’est pas de cultiver le péché pour, grâce à son abondance, récolter de l’or, « contre les indulgences », par exemple, mais d’éradiquer le péché de l’humanité par l’édification de la foi en Jésus-Christ chez chaque homme.

Si, dans le Premier – en excusant ici l’ injustifiable –, ce fut le renoncement du sacerdoce à la sanctification du peuple, en baissant les bras dans sa lutte contre le péché, qui le conduisit à s’allier avec l’ennemi, et, tenté par le fruit du péché – l’or –, l’Ancien Temple se s’est livré à une orgie de folie et de misère ; dans le Dernier, qui incarne le Témoin de la sanctification de l’humanité, le péché est abhorré en tant que moyen d’ enrichissement du sacerdoce et, par conséquent, le pardon est offert gratuitement.

Ce n’est donc pas un Temple fondé sur le pouvoir issu des richesses que les apôtres ont à l’esprit lorsqu’ils se consacrent à l’édification de l’Église. Le Nouveau Sacerdoce est l’Image de Jésus-Christ parmi les nations, le reflet pur du Pontife éternel dans le cristal de l’esprit humain, la substance de l’esprit jésucristien incarnée afin de maintenir vivante la foi parmi les nations de la Terre et d’être la vérité éternelle faite créature dans le Ciel. Et comme Lui ne dépend que de Dieu, le sacerdoce chrétien ne dépend que de Lui, son Seigneur.

C’est pourquoi Paul n’a pas seulement osé faire taire Pierre, Jacques et Jean, mais, étant l’expression pure de cette Image divine, sa vision de l’avenir du christianisme lui a ouvert la voie, lors du concile de l’an 49, vers la rupture définitive et finale avec le judaïsme. Non pas parce que Jésus-Christ ne l’aurait pas approuvée, mais parce que, par amour pour les Hébreux, leurs frères en Abraham, les disciples cédaient face à ce qui était impossible à toute concession.

C’est bien de vouloir sauver le monde, et davantage encore ses frères de sang, mais – en se souvenant du Maître – à quoi cela sert-il à l’ homme de sauver le monde s’il perd son âme ?

Quel est donc le modèle de sacerdoce et d’Église que le Seigneur montre du Ciel à ses apôtres ? Car personne ne croira que l’Église est une invention spontanée en croissance évolutive dépendant des époques. Dieu ne joue pas aux dés ! Celui qui construit se sert d’un plan, à moins que n’importe qui puisse bâtir une maison sans même avoir de connaissances en maçonnerie et en menuiserie, ce qui, dans l’esprit de certains, est nécessaire pour rehausser la gloire de Dieu, ce qui peut amener un rustre à donner des leçons à un magicien ; or, nous ne voyons pas que l’ Intelligence créatrice s’accorde avec un tel discours, mais bien, au contraire, que l’Acte créateur repose sur une Omniscience planificatrice qui, comme on le voit dans les Psaumes de David, esquisse sur le « papier » chaque trait du mouvement qui doit être exécuté pour atteindre le but recherché. Et conformément à cette Nécessité, Dieu écarte de l’esprit de l’Enfant Jésus touteIntervention Magiquedans l’ Univers.

Il n’y a pas, dans l’esprit des constructeurs qui suivent cette méthode, d’action spontanée soumise à une dynamique d’improvisation au fur et à mesure. Jésus-Christ n’en a pas eu non plus. Dieu a tracé des lignes et s’est mis en mouvement, et conformément à l’Omniscience créatrice, tout s’ordonne pour la concrétisation du Projet salvateur. Et il est tout à fait naturel que celui qui est entre Sa Main ce que la scie l’est entre celle du menuisier et le fil à plomb entre celle du maçon, et parce qu’il ne s’agit pas d’une matière morte mais vivante, participe à la contemplation du Plan et s’adapte à l’action en fonction de ce qui lui revient, de sorte que les Apôtres aient sous les yeux la véritable nature de l’ Église de Jésus-Christ.

 

À ce sujet, nous avons beaucoup à dire, des choses difficiles à comprendre, car vous êtes devenus lents à comprendre. En effet, vous qui, après tant de temps, devriez être des maîtres, vous avez besoin que quelqu’un vous enseigne à nouveau les premiers rudiments des oracles divins, et vous êtes devenus tels que vous avez besoin de lait plutôt que de nourriture solide. Car quiconque se nourrit de lait n’est pas capable de comprendre la doctrine de la justice, car il est encore un enfant ; mais la nourriture solide est destinée aux parfaits, ceux qui, par l’habitude, ont les sens exercés à discerner le bien du mal.

 

En effet, nous observons comment l’Apôtre contemple, de son vivant, « la foi qui se corrompt », dont parlera Pierre. Et si, alors qu’ils étaient encore parmi nous, « la foi » se laissait déjà séduire par l’éclat des choses anciennes, nous ne voyons pas comment ils auraient pu ignorer ce qu’il adviendrait de la foi une fois que les siècles auraient effacé leur existence. Ainsi, ayant un Modèle divin et la foi ayant été soumise à la corruption, comme on peut le lire dans le Livre de l’Histoire universelle, il appartient aux Églises nées de cette foi de se regarder dans le miroir et de voir si le visage qu’elles y voient est celui du Christ ou celui de… qui sait. D’où il ressort, en définitive, que l’Église de Dieu en Jésus-Christ, en tant qu’expression vivante de la Vérité éternelle, ne s’adapte pas aux siècles et aux tendances des peuples ; car, comme le dit le Saint-Esprit : Dieu, la vie du sacerdoce est immuable dans ses fondements ; au contraire, ce sont les nations qui doivent adapter l’avenir de leurs sociétés à la vérité éternelle du christianisme.

Les tendances suicidaires de l’ humanité constituent un argument qui n’a besoin d’autre preuve que le livre de l’ Histoire, et comme seule la foi s’est révélée être la porte de la victoire contre les crises de civilisation, ce n’est pas la foi qui doit s’adapter à une crise provoquée par cette tendance suicidaire, qui n’est pas encore définitivement guérie, dont souffre l’ humanité depuis la Chute. L’une des caractéristiques les plus évidentes de cette tendance suicidaire est le déni de l’existence d’une « crise », ce qui fait que les mesures définitives pour y remédier sont mises en œuvre trop tard pour en éviter les effets sur les sociétés. Et le symptôme qui permet de mesurer l’intensité d’ une crise de civilisation — comme on peut le lire dans le Livre de l’Histoire — se manifeste par la perte de la morale universelle, l’abandon de l’Être aux tendances hédonistes non soumises à la loi naturelle, le mépris de la vie humaine et sa réduction à un simple bien, et, en définitive, la destruction de la ligne qui sépare le bien du mal par la mise en scène de l’argument du Diable : la fin justifie les moyens.

Que le prêtre, le pasteur et toutes les Églises se regardent donc dans le miroir et jugent si le visage qu’ils y voient est celui de Jésus-Christ ou celui de celui auquel ils appartiennent : au patriarche de Moscou, au pape de Rome, à l’archevêque de Cantorbéry, ou à celui de… Car l’heure viendra où le Seigneur jugera ses serviteurs, et celui en qui il ne trouvera pas le reflet de son visage « sera jeté dehors pour être piétiné par les hommes ». Que deviendra donc le sacerdoce chrétien si, au lieu d’être le miroir de l’Esprit de l’ Éternité, les évêques s’alignent sur les temps pour éliminer de l’Église l’ esprit du Seigneur ? Celui-ci a dit, en parlant de sa Maison, car chacun est maître dans la sienne : « Dehors, chiens, sorciers, fornicateurs, meurtriers, idolâtres et tous ceux qui aiment et pratiquent le mensonge ». Et Dieu ayant créé l’Homme à son image et à sa ressemblance, Jésus-Christ étant le Modèle pour les serviteurs et le Modèle pour les enfants de Dieu, et chacun reflétant sur son visage celui de Celui qui se penche sur son être pour lui donner son essence et sa substance éternelles, comment le serviteur s’unira-t-il aux pouvoirs de notre époque sans rompre son contrat avec le Seigneur ? Et en rompant son contrat par son rejet du modèle sacerdotal jésucristien, qui est centré sur l’Homme et trouve son fondement dans la virginité immaculée de la création, en laquelle se manifeste le mystère de la Omnipotence du Dieu de l’Éternité, son Mystère sacré, tous ceux qui suivent de tels rebelles contre le Seigneur, à qui, par la puissance des temps, ils prétendent imposer leurs lois dans sa Maison, ne tomberont-ils pas dans la même condamnation que ces serviteurs sans Seigneur ?

Le sacerdoce chrétien parfait, en conséquence, selon le modèle duquel les apôtres ont édifié le nouveau temple, étant infiniment plus glorieux que l’ancien et pourtant Moïse devait lever les yeux vers le haut, bien qu’il fût imparfait par rapport à l’Ancien, et parce que la gloire impérissable du sacerdoce chrétien échappait au pouvoir de vision de l’être humain, Dieu a voulu l’incarner afin que, en le touchant et en le voyant, les bâtisseurs agissent selon les sens et non selon une théorie plus ou moins bien conçue. Et ainsi, ayant établi une une fois pour toutes établi le Modèle du Sacerdoce éternel en Jésus-Christ, Celui-ci est l’Horizon vers lequel l’Église a marché et contre lequel la Mort s’est lancée sans cesse depuis le Début ; et en ces temps présents, elle s’est revêtue de modernité pour servir les temps et leurs pouvoirs contre le Seigneur de la Foi.

Que les patriarches, les archevêques et les évêques s’examinent donc, et que chaque homme regarde en face ceux sur les lèvres desquels le Seigneur a déposé la doctrine de l’éternité ; et s’il est impossible, à travers les paroles, de discerner chez certains ceux qu’ils servent, tandis que d’autres font de leurs œuvres un instrument de corruption de la Vraie Réalité, c’est l’âme de chacun qui est en jeu, et il n’est pas digne de chrétiens de laisser quelque chose d’aussi personnel entre les mains des traditions, des modernités ou des jeux de mots, des déclarations, des émotions et des amours dont le fruit final est la ruine de l’âme. Ou bien puis-je acheter mon âme au prix du monde ? Aussi poétique que puisse paraître cet amour universel, il cache le piège d’un diable gordien, car cet aventurier passionné oublie que celui qui a perdu son âme en chemin, comment sauvera-t-il son prochain s’il n’a pas su se sauver lui-même ?

Ce que Paul a dit au Concile devant les évêques, c’est ce qu’un enfant de Dieu doit aujourd’hui dire aux patriarches et aux archevêques : non au sacerdoce des femmes, non au sacerdoce homosexuel.

Le sacerdoce imparfait fondé sur le mariage ne peut s’imposer au sacerdoce parfait de l’Épouse du Seigneur sans provoquer la colère de Dieu. Mais si quelqu’un croit pouvoir tirer Dieu par la barbe, qu’il le fasse.

 

 

VII

Jésus-Christ, Chef spirituel de la Création

 

C’est pourquoi, laissant de côté les doctrines élémentaires concernant le Christ, tendons vers la perfection, sans revenir aux fondements de la pénitence, des œuvres mortes et de la foi en Dieu, de la doctrine sur les baptêmes, de l’imposition des mains, de la résurrection des morts et du jugement éternel. Et c’est ce que nous ferons si Dieu le le permet. Car ceux qui, une fois éclairés, ont goûté au don céleste et ont été rendus participants du Saint-Esprit, ont goûté à la beauté de la parole de Dieu et aux prodiges du siècle à venir, et sont tombés dans l’apostasie, il est impossible qu’ils soient à nouveau renouvelés pour la pénitence, car ils crucifient de nouveau pour eux-mêmes le Fils de Dieu et l’exposent à l’opprobre. Car la terre qui, souvent, absorbe la pluie qui tombe fréquemment sur elle et produit des plantes utiles à celui qui la cultive, recevra les bénédictions de Dieu ; mais celle qui produit des épines et des ronces est réprouvée et sur le point d’être maudite, et sa fin sera le feu  

 

Notons que les disputes entre théologiens concernant la paternité de l’Épître aux Hébreux, qui remettent en cause l’ autorité des premiers chrétiens pour diverses raisons, n’ont pas lieu d’être. Ce paragraphe montre clairement que c’est à nouveau Paul, le grand défenseur du Christ contre le judéo-christianisme, qui martèle devant la communauté chrétienne ce qu’ il avait défendu en privé lors du Concile de 49 devant les apôtres et les premiers évêques. Lorsque nous suivons le cours de l’histoire de Jérusalem depuis la Résurrection jusqu’à sa destruction par les Romains, nous voyons comment le judaïsme a tenté d’absorber le christianisme et a voulu tirer parti de l’universalisme apostolique pour proclamer une guerre sainte d’indépendance contre l’Empire, dans laquelle, finalement, face à l’attitude de Paul, qui faisait office de norme pour toutes les Églises, le judaïsme s’est lancé de son propre chef. Qui est l’apostat auquel Paul fait référence sinon le judéo-chrétien qui se convertit dans l’espoir de convertir ainsi le Christ au judaïsme ? Or, ce n’est pas le chrétien qui doit devenir juif, mais le juif qui doit devenir chrétien.

Il n’y a pas de rapprochement possible entre la lumière et les ténèbres, la justice et la corruption, la liberté et la censure, la paix et la guerre, le christianisme et la science du bien et du mal. C’est la créature qui doit se convertir et accepter la Vérité dans toute sa réalité naturelle et surnaturelle ; ce n’est pas le Créateur qui doit renoncer à sa Personnalité, mais la créature qui doit abandonner la loi de la science du bien et du mal, se relever de la poussière et lutter pour sa Vie conformément à la loi de l’Univers.

Les morts sont morts et la parole des morts ne vaut rien. Seule la Parole de Dieu est éternelle et, par conséquent, elle est l’étoile polaire qui guide la créature dans son voyage à travers l’existence. Mais, comme le dit Paul, curieusement et parce que le monde est soumis à la loi de la science du bien et du mal, il y a ceux qui, bien qu’élevés dans la foi, ont encore besoin de lait maternel, comme pour dire que, sans le vouloir mais en le voulant regrettent la loi maudite dans la fournaise de laquelle l’enfer, sous lequel vit le monde, cuit la chair humaine pour le délice des démons qui, reniant l’ Homme en tant qu’être spirituel, ont fait profession de foi animale et, se déclarant animaux, préfèrent la loi de la jungle à la Loi de la Vérité éternelle.

Le christianisme, hier comme aujourd’hui et demain, en tant que système pédagogique parfait, doit regarder vers l’avenir à partir du présent, de sorte que, n’étant pas soumise aux changements des temps, la formation de l’Être reste toujours soumise au Modèle éternel ; le christianisme, à l’instar d’un voyageur qui ne peut adapter son objectif aux variations du terrain, ne peut subordonner sa Loi aux circonstances de l’époque. Même en adaptant sa démarche aux aléas du terrain, le Nord reste là où se trouve le Nord. L’ étoile polaire du christianisme est Jésus-Christ, et en tant que Modèle universel de l’ Être, ce n’est pas le siècle qui doit imposer sa loi, mais le monde qui doit évoluer au sein de sa Loi.

Le Créateur entre dans le corps de sa Création afin de racheter sa créature de la poussière, et jamais dans l’intention de bénir son séjour dans les profondeurs de l’enfer où le Paradis a sombré à cause des événements connus. Parce qu’ils sont connus et que leur effet est vécu dans la chair, le chrétien, à la suite de son Créateur, tend inexcusable et ouvertement à vivre à la lumière de la Loi de l’éternité, qui abhorre infiniment la loi de la Science du bien et du mal et préfère mille fois la mort plutôt que de pactiser avec le diable.

La Résurrection est un Discours. C’est le Dieu de l’Éternité qui parle. Et celui qui parle se confirme dans tout ce qu’il a dit et signe et scelle du sang de la Croix afin que le monde entier voie la Sagesse de celui qui s’est fait analphabète auprès de ses créatures afin de faire de nous ses enfants, c’est-à-dire participants de toutes les richesses de son Être. Et si à ses enfants, de la descendance d’Abraham, il a ouvert son être à la Puissance sans limites qui se trouve dans la Parole, à ses enfants, de la descendance du Christ, il ouvre, lui-même, Dieu et Père de tous, les richesses de cette Sagesse créatrice qui réside dans tous les secrets du Créateur. Car, l’Avenir de la vie sur Terre, qui est l’Homme, ayant été créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, l’Avenir de l’Homme était l’Intelligence sans limites, dont l’Humanité a été privée par la Chute. Mais Dieu, comme nous le savons déjà par l’Église – et si Elle ne nous l’ avait pas raconté, nous ne le saurions pas –, a juré par son sang qu’à la fin des temps, lorsque justice aurait été faite, sa Création se relèverait de la poussière et là où régnait l’ignorance, il y aurait une connaissance sans mesure.

 

Même si nous parlons ainsi, nous avons toutefois confiance en vous, très chers, et nous attendons de vous quelque chose de meilleur et de plus propice au salut. Dieu n’est pas injuste au point d’oublier votre œuvre et l’amour que vous avez manifesté envers son nom, en ayant servi les saints et en persévérant à leur service. Nous souhaitons que chacun d’entre vous fasse preuve, jusqu’à la fin, de la même diligence pour atteindre l’espérance, non pas en se décourageant, mais en imitant ceux qui, par la foi et la patience, ont obtenu l’héritage des promesses. Lorsque Dieu fit à Abraham la promesse, comme il n’avait personne de plus grand par qui jurer, il jura par lui-même en disant : « Je te bénirai abondamment, je te multiplierai grandement ». Et ainsi, en espérant avec patience, il obtint la promesse. Car les hommes ont coutume de jurer par quelqu’un de plus grand, et le serment met fin entre eux à toute controverse et leur sert de garantie. C’est pourquoi, voulant montrer solennellement aux héritiers de la promesse l’immuabilité de son dessein, Dieu a interposé le serment, afin que, par deux choses immuables, dans lesquelles il est impossible que Dieu mente, nous ayons un réconfort ferme, nous qui courons jusqu’à ce que nous atteignions l’ espérance qui nous est proposée. Nous la possédons comme une ancre sûre et solide pour notre âme, qui pénètre jusqu’au-delà du voile, là où Jésus est entré pour nous en tant que précurseur, établi Souverain Sacrificateur pour toujours, selon l’ordre de Melchisédech. 

 

À ce sujet – à savoir que sans l’Église, nous aurions connu l’Origine du Monde –, il faut se lever pour faire taire ceux qui, dans leur ignorance – dont la folie apparaîtra à la lumière de la réponse finale à leur déclaration initiale –, ont affirmé que, puisque la lettre existe, l’Église n’est pas nécessaire. Une stupidité crasse qui fait honneur à la nécessité de la mort du Christ et fonde la Rédemption sur l’ignorance, alors que « la créature », , une fois sevré, regarde la mère qui l’a mis au monde et la chasse de sa vie une fois son besoin satisfait, et n’ayant plus besoin d’elle, à quoi lui sert-elle, cette mère qui l’a mis au monde ? Telle est l’attitude sous-humaine, inhumaine et bestiale que la «créature »de la Réforme a répandue dans le monde chrétien.

J’ignore si une telle attitude mérite autre chose que le jugement autocritique et le repentir pour un tel comportement insensé. Que cette attitude soit le résultat de la folie d’un cercle de serviteurs du Seigneur, très bien ! Que le Seigneur s’en charge ; ce qui nous incombe, c’est d’agir conformément au Modèle que nous voyons dans l’Évangile, et si le Fils tout-puissant de Dieu lui-même, une fois passée l’ Heure des Ténèbres, a pardonné les reniements de Pierre, qui sommes-nous pour condamner ce que le Fils tout-puissant de Dieu n’a pas pris en compte ? Tout ce que nous savons, c’est qu’une fois la Résurrection accomplie, Pierre n’a plus jamais rechuté, et s’il avait rechuté, alors la condamnation de Paul se serait également appliquée à Pierre, car Dieu, comme le dit son Évangile, ne fait pas acception de personnes.

D’où il ressort que si Pierre avait utilisé le pardon de son Maître pour retomber, il aurait fait de l’ apostasie la doctrine des serviteurs de son Seigneur, et par cette même apostasie, ce n’est plus Jésus-Christ qui serait son Seigneur, mais le Diable lui-même. À ce sujet, et tout comme les enfants ne peuvent être jugés pour les crimes de leurs pères, les évêques actuellement en fonction ne peuvent pas non plus être jugés pour les péchés de leurs prédécesseurs, car chacun est jugé pour ses propres fautes, et Dieu serait un juge corrompu et misérable s’il jugeait le fils vivant pour les fautes commises par un père décédé ou s’il jetait en prison un intendant fidèle pour le détournement de fonds de son prédécesseur à ce poste.

Chacun est l’auteur de ses propres actes, et c’est une erreur que de fonder la sainteté sur la gloire d’un défunt, en affirmant que, par la gloire de Pierre, tous ses successeurs sont sanctifiés, ceux-ci étant ainsi absous de leurs crimes par la gloire d’un saint, tout comme condamner tous les évêques pour le crime d’un pécheur. Car lorsque Paul dit que par un seul homme nous avons tous été condamnés, il considère celui-ci comme la « tête » de tous.

Ainsi, et parce qu’il y eut crime et délit — à savoir que l’évêque de Rome était la « tête » de toutes les Églises et non exclusivement de l’Église romaine —, la Réforme a agi en conséquence et selon la justice divine en condamnant tous les catholiques pour le délit de « cette tête ». En effet, Paul dit que le Christ fut le modèle d’Adam. Et puisque le Christ est la Tête de l’Homme, il est tout à fait naturel qu’Adam fût celle de son monde, et lorsque la tête tomba, il était juste que tout son corps s’effondre. Mais la justice de Dieu étant incorruptible, car Dieu ne peut se tromper d’une part, et parce qu’Il aime la Vérité par-dessus tout d’autre part, la mort de la Tête rendait inévitable celle du corps, en ce qui concerne Adam. D’où l’on voit que c’est l’évêque de Rome qui vit pour l’Église et non l’Église qui vit pour l’évêque de Rome, le Corps du Christ, c’est-à-dire l’Église catholique, ne devant sa vie ni à l’évêque de Rome, mais à Jésus-Christ, sa Tête, qui, étant indestructible et incorruptible, ne peut en aucun cas mourir ; et contrairement à Adam, qui, en mourant, a entraîné tout son corps vers la mort, Jésus-Christ, Dieu Fils unique, ne pouvant mourir, maintient le sien éternellement vivant.

Et si l’évêque de Rome avait été la Tête de l’Église catholique, le jugement de la Réforme contre le crime impénitent de la Curie romaine impériale aurait certainement été juste et l’Église catholique, si elle avait dépendu du « Saint-Père » le pape pour vivre, aurait connu le même sort que le corps d’Adam après la mort de sa tête.

Ce n’étant pas le cas, mais Jésus-Christ étant la Tête universelle de toutes les Églises, chaque serviteur du Seigneur répond de ses délits devant le Juge de l’Univers. Car, ayant souffert Dieu, dans son innocence immaculée, l’homicide commis contre son Fils Adam, il était sage que Dieu ne mette plus jamais, à jamais, sa Création dans une telle situation ; c’est pourquoi il a établi une fois pour toutes que la Tête spirituelle de toute sa Création soit son Fils, Roi éternel pour son Peuple universel et unique Pontife universel de son Église.

Ainsi, en nous unissant tous à celui-là même qui nous soutient par sa foi, nous devenons, par cette Volonté de celui qui, par sa Volonté, a tout créé, une même réalité de l’Être en qui nous ne formons qu’un, le corps de celui qui est pour tous la Tête, pour les uns comme Seigneur, pour les autres comme Roi, pour d’autres encore comme Frère, pour d’autres comme Père, mais pour tous le même Jésus-Christ, aujourd’hui et pour toujours : le Roi universel et l’unique Seigneur éternel, à aux pieds duquel le Dieu de l’éternité et de l’infini a placé toutes choses, celles du ciel comme celles de la terre. Car s’il est vrai que la fondation du nouveau Royaume de Dieu a eu lieu ici sur Terre, il n’en est pas moins vrai que la Création entière a été comprise dans les limites de cette fondation, et que tant les enfants de Dieu « qui ne sont pas de cette création », comme le dira aussitôt Paul, que les enfants de Dieu nés d’Abraham, tous ont été soumis à la Couronne du Fils de Dieu.

 

VIII

Jésus-Christ, Pontife universel éternel

 

Car ce Melchisédech, roi de Salem, prêtre du Dieu Très-Haut, qui alla à la rencontre d’Abraham alors qu’il revenait après avoir vaincu les rois, et qui le bénit, à qui il donna la dîme de tout, est interprété d’abord comme roi de justice, puis aussi comme roi de Salem, c’est-à-dire roi de paix. Sans père, sans mère, sans généalogie, sans commencement de ses jours ni fin de sa vie, il ressemble en cela au Fils de Dieu, qui est prêtre pour toujours. Et voyez combien il est grand, lui à qui le patriarche Abraham a donné la dîme du meilleur du butin. Les fils de Lévi qui reçoivent le sacerdoce ont en leur faveur un précepte de la Loi, en vertu duquel ils peuvent recevoir la dîme du peuple, c’est-à-dire de leurs frères, bien qu’ils soient eux aussi de la lignée d’ Abraham. Au contraire, celui qui ne descendait pas d’Abraham a reçu les dîmes d’ Abraham et a béni celui à qui les promesses avaient été faites. Il ne fait aucun doute que le moindre est béni par le plus grand. Et ici, ce sont certes des hommes mortels qui reçoivent les dîmes, mais là, c’est celui dont on atteste qu’il vit. Car il était encore dans les entrailles de son père lorsque Melchisédech vint à sa rencontre .  

 

D’où l’on voit que, l’Adoration de la Création nous conduisant vers son Créateur, et parce que, lors de sa Chute, la créature « s’est inventé un dieu » doté des attributs de la Divinité mais dépourvu de sa personnalité, c’est-à-dire un Être sans Esprit, Dieu lui-même s’est élevé contre cette invention et, en disant « JE SUIS CELUI QUI SUIS », Dieu a rempli son Être de l’Esprit dont on voulait le priver, et il l’a fait au point de remettre entre les mains de son Saint-Esprit chacun des attributs de la divinité.

Voilà pour ce qui est de la réponse du Dieu de l’Éternité et de l’Infini aux religions anciennes, dont le dénominateur commun était l’adoration des attributs et la transformation de Dieu en une idole de pouvoir, caractéristique universelle commune à toutes les religions non chrétiennes qui existent sur Terre.

Mais nous observons dans l’histoire des religions anciennes que la créature est en soi incapable de se livrer à l’ adoration naturelle due à son Divin Créateur, et, fixant son regard sur ce qui ne possède pas les attributs de la divinité, elle tend à adorer Dieu pour sa toute-puissance et son omnipotence, et à bannir du Créateur Celui qui dit « JE SUIS ». Et pourtant, nous savons avec certitude que c’est par cet Esprit que Dieu mérite toute adoration et que, s’il ne s’agissait que de la puissance, la religion serait l’affaire des démons, pour qui la gloire réside dans la puissance.

Notre histoire nous enseigne, à travers des leçons difficiles, que la frontière qui sépare le prêtre du démon est très ténue, et que le passage de l’un à l’autre commence lorsque le prêtre ne cherche pas en Dieu « CELUI QUI EST », mais cherche Dieu pour sa puissance, car il n’est que naturel que celui qui ambitionne la toute-puissance se tourne vers celui qui est Tout-Puissant, cherchant dans sa gloire sa propre gloire. C’est une loi que nous avons observée au cours des cinq derniers millénaires et nous continuons de voir comment la religion, soumise à l’impossibilité décrite ci-dessus, au lieu d’engendrer des saints, devient source de monstrueux assassins, à la loi desquels le christianisme n’a échappé en aucun cas, comme nous le voyons dans l’histoire de la papauté, dans la Réforme et dans l’histoire orthodoxe de Byzance.

De cette perpétuation de l’ancienne loi dans le monde chrétien, nous comprenons que la liberté des enfants de Dieu est venue au monde sous forme de promesse, et qu’elle s’est maintenue au sein de l’Église catholique de la même manière que la descendance de l’Épouse se trouve dans les entrailles de celle-ci. La chrétienté étant soumise à la même loi qui avait provoqué la destruction de tant de civilisations, il était tout naturel que le Fils de Dieu voie dans l’avenir la division des Églises et prophétise la Nuit des Évêques au sein des paraboles du Semeur ; et, en même temps, le Mariage sacré en vertu duquel s’accomplissait l’Écriture qui dit : « Tu chercheras avec ardeur ton Époux, qui te dominera », ce Mariage ayant établi les fondements du christianisme sur un rocher indestructible, la corruption inhérente à la loi en vigueur ne pouvait détruire la promesse écrite par ce même Paul , lorsqu’il dit que « toute la création attend la manifestation des fils de Dieu », c’est-à-dire nous, qui, nés de ce Mariage éternel, ne sommes plus soumis à l’ancienne loi et, par conséquent, l’Ignorance à laquelle était confinée la Prêtrise n’a aucun pouvoir sur nous.

Car celui qui sert est l’esclave de celui qu’il sert tant qu’il est à son service, et étant soumis aux ordres de celui qui l’engage, il ne participe pas à la liberté de celui qui est le fils de ce même qu’il sert, car, étant soumis à la loi de l’obéissance due à ses chaînes, il est lié par décret et par ordre à celui qui est son maître. Soumise à l’ ordre, l’obéissance du serviteur procède de l’ordre et non de la connaissance, car celui qui commande dispose et celui qui obéit ne pose pas de questions ; mais le fils de ce même maître entre et sort librement de la maison de son père, et la connaissance précède l’action, car, étant son père, et même si l’ ordre est le même, le maître n’a pas de secrets pour son fils et lui explique le pourquoi des choses, tandis que le serviteur est limité à l’action.

L’Église soumet donc à la servitude, comme il est écrit : « Tu rechercheras avec ardeur ton mari, qui te dominera », et parce que la religion fut ainsi établie, il était impossible, si l’on parle maintenant du monde naturel, que l’homme, par lui-même, puisse adorer Dieu « pour ce qu’il est », car ne connaissant Dieu que par ses attributs, la divinité de celui qui a dit « Je suis celui qui suis » était obscurcie par la vision de la puissance de celui qui fendait les eaux de la mer pour ouvrir la voie à sa création. Ainsi, comme il était impossible à l’homme d’atteindre la véritable connaissance de son Esprit, Dieu a disposé que Celui qui vit en lui vienne à notre rencontre et nous révèle « celui qui est » en « celui qui était », nous enseignant à adorer la Divinité non pas en raison de sa toute-puissance, mais en raison de son Esprit. C’est pourquoi Paul a utilisé la comparaison entre Jésus-Christ et Melchisédech. Voici d’un côté, et de l’autre :

 

En effet, si la perfection venait du sacerdoce lévitique (car c’est sous celui-ci que le peuple a reçu la Loi), pourquoi aurait-il fallu susciter un autre prêtre, selon l’ordre de Melchisédech, et non le nommer selon l’ordre d’Aaron ? Le sacerdoce ayant changé, il faut nécessairement que la Loi change aussi. Or, celui dont il est question ici appartient à une autre tribu, dont aucun membre ne s’est consacré à l’autel. Car il est notoire que Notre Seigneur est né de Juda, tribu à laquelle Moïse n’a rien dit concernant le sacerdoce. Et cela est encore bien plus évident dans l’hypothèse où, à l’image de Melchisédech, se lève un autre Prêtre, institué non pas en vertu du précepte d’une loi charnelle, mais d’une puissance de vie indestructible, car de Lui est donné ce témoignage : « Tu es prêtre pour toujours selon l’ordre de Melchisédech ». Cela annonce l’abrogation du mandat précédent en raison de son inefficacité et de son inutilité, car la Loi n’a rien mené à la perfection, mais elle n’a été qu’une introduction à une meilleure espérance, par laquelle nous nous approchons de Dieu.

 

Nous constatons donc que déjà chez Abraham battait l’Espérance du Salut universel, et bien qu’il ne s’agisse que d’une Promesse, sa force était telle qu’elle vainquit le pouvoir de son sang et leva son bras vers le ciel, armé de fer, pour sacrifier son propre fils unique sur l’autel de l’ Incarnation. Dieu n’appelle pas Abraham son serviteur, mais son Ami. Et dans cette amitié, où bat la connaissance parfaite de l’Ami divin, refusée à l’ humanité en raison de la Chute et de ses effets universels, nous trouvons au vents d’Israël le Christ, la religion fondée non pas sur l’adoration du pouvoir, mais sur la vision de l’Esprit dont il est dit : « JE SUIS CELUI QUI SUIS ». Mais lorsque vient l’heure de l’Incarnation, nous constatons que l’Ancienne Loi devait suivre son chemin jusqu’à nous, la descendance au sein du Christ, « la manifestation des enfants de Dieu que toute la création attendait avec impatience », et Jésus devant baisser le bras, à l’instar d’Abraham, bien que dans ce cas contre l’Empire du Monde, le christianisme devait tracer son chemin à la manière dont l’avait fait le peuple né de l’obéissance d’Abraham, avec la différence, bien sûr, que cette Obéissance a cédé la place à l’Église, et que celle-ci, étant l’Épouse du Seigneur, est désormais une religion éternelle et se trouve dans la Maison de son Époux en tant que Dame chargée de tout ce qui concerne la Maison de son Seigneur, c’est-à-dire l’Adoration de Dieu en tant qu’Esprit et non en tant que Pouvoir, car le Pouvoir appartient au Seigneur, son Époux.

La corruption réside dans l’élévation de celui qui est serviteur au trône de son Seigneur, revendiquant pour lui-même les pouvoirs de son Seigneur, justifiant cette corruption par les nécessités de l’époque. Car, comme nous le savons, celle qui a pour Seigneur son Époux reçoit de son Seigneur Époux tous les pouvoirs nécessaires au gouvernement de sa Maison et se voit confier les Clés de celle-ci tant que le Seigneur est absent de la Maison ; mais ce Pouvoir concerne la Maison de son Seigneur, et non celle du voisin, pour ainsi ainsi, l’extension du pouvoir des clés du royaume des cieux aux portes de l’enfer constituant une perversion naturelle de la corruption intrinsèque à l’ ignorance sous laquelle le serviteur accomplit son action pendant que son maître est en voyage loin de chez lui.

Ainsi, Dieu s’étant incarné afin que son Esprit puisse être perçu par les sens, la Révolution fondatrice du christianisme a mis sur la table l’espérance du salut universel qu’Abraham a portée dans son esprit tous les jours de sa vie et qui, par le mariage du Christ avec l’Église, cette espérance recueillie au sein de Celui qui est Éternel, a traversé les millénaires sur la mer tumultueuse des siècles dans la barque indestructible de la Divinité de son Fondateur. Car l’ancienne religion étant une puissance soumise à l’arbitraire du chef du moment, Dieu a vaincu d’avance l’aboutissement de la corruption sous la montagne de crimes de laquelle s’effondrait l’ancien Temple, et qui menacerait le nouveau Temple, en établissant pour l’Église un seul et unique chef universel, son Fils. Et étant donné que la création a sombré dans la Chute en raison de la volonté de ceux qui, en tant que chefs religieux de leurs mondes, ont conduit leurs corps vers la guerre contre le Saint-Esprit, Dieu a aboli toute couronne et tout pouvoir, a fait de tous les peuples un seul, les a fusionnés en un seul et unique, et a donné pour Chef à tout son Royaume un seul Roi et Seigneur, son Fils, afin que, sa Tête étant indestructible, le Corps de la Création participe à l’Éternité propre à son Créateur, et que, la Volonté du Roi et Seigneur étant l’Impulsion surnaturelle et incorruptible sous laquelle son Royaume se meut, la Graine de la Mort, qui a donné naissance au Diable, « l’ancien serpent », et a étendu son Enfer, d’abord au Ciel, puis finalement sur la Terre. On déduit de ces actes maléfiques que l’origine de la corruption de la religion réside dans l’élévation d’une créature, qu’elle soit prêtre ou roi, à la gloire qui est la seule et unique Tête des Églises : le Roi et Seigneur Jésus-Christ. Conscient de cela, car il était lui-même hébreu, Paul revient à la figure constante de Melchisédech, dénonçant le pontificat de succession comme l’origine de la corruption qui aboutirait à la destruction de l’Ancien Temple et dont la réédition conduirait l’Église orthodoxe à cette même fin, d’abord sous sa forme byzantine, puis sous sa forme russe, Dieu ayant laissé un reste afin d’ offrir sa miséricorde. Voilà pour ce qui est d’une part. D’autre part, la même situation s’étant produite lors du couronnement de Charlemagne, il était tout naturel que la négation de la papauté face à la couronne universelle de Jésus-Christ conduise l’ Église d’Occident à cette guerre civile européenne que les historiens nous ont transmise sous le nom pompeux de « la Réforme ».

Un espoir déçu ?

Pas du tout !

 Car celui qui est indestructible est invincible, et le Seigneur devant revenir de son voyage, il est tout à fait naturel que le serviteur qui, pendant l’absence de son Seigneur, a pris le pouvoir sur sa Maison, dépose aux pieds de son Seigneur le pontificat et laisse au jugement de son Seigneur le règlement de ses erreurs et de ses réussites, et que l’Épouse, son Seigneur étant de retour à la Maison, dresse la Table. Ainsi, dans et par cette Disposition, s’accomplit cette « meilleure espérance » dont parlait Paul, car étant prophète, selon ce qui est écrit, que l’esprit de Jésus est l’esprit de la prophétie, Paul voyait déjà depuis sa chair, en résumé, le parcours qui attendait le christianisme, depuis l’Empire des Césars jusqu’à nos jours. C’est pourquoi il osa dire, en parlant de Jésus comme du seul et unique Pontife universel de la Création tout entière, du présent comme du futur :

 

Et dans la mesure où cela ne s’est pas fait sans serment — car ceux-là ont été constitués prêtres sans serment, mais celui-ci l’a été avec un serment par lequel il lui a dit : « Le Seigneur a juré et il ne se repentira pas : Tu es prêtre pour toujours » —, d’une alliance d’autant plus parfaite, Jésus s’est fait garant. Et parmi ceux-là, nombreux sont ceux qui ont été faits prêtres, car la mort les a empêchés de demeurer ; et c’est pourquoi son pouvoir de sauver ceux qui, par lui, s’approchent de Dieu est parfait, et il vit toujours pour intercéder en leur faveur. Et il convenait ainsi que notre Souverain Sacrificateur fût saint, innocent, immaculé, séparé des pécheurs et plus élevé que les cieux ; qu’il n’ait pas besoin, comme les sacrificateurs, d’offrir chaque jour des victimes, d’abord pour ses propres péchés, puis pour ceux du peuple, car il l’a fait une seule fois en s’offrant lui-même. En somme, la Loi a établi des hommes faibles comme sacrificateurs, mais la parole du serment, qui a succédé à la Loi, a établi le Fils, parfait pour toujours.

 

Or, si l’homme avait pu atteindre par lui-même ce Modèle de Pontificat, établi dans la sainteté, l’innocence et l’incorruptibilité inaltérable propres à l’Esprit Créateur, dans ce cas Dieu aurait été le pire des criminels, celui qui tue son propre fils. Mais l’Histoire plaidant en faveur de cette impossibilité, Dieu devant, par amour pour sa Création, s’incarner en son Fils et, sur la Croix, ouvrir sa poitrine pour que nous voyions son Cœur, dont la gloire ne réside pas dans la puissance mais dans la vérité et la justice, et parce qu’il était impossible qu’une religion fondée sur l’adoration de la puissance conduise la Création à la vision de l’Esprit du Créateur, le Fils abaissa son bras tout-puissant et, voyant en son Père « celui qui est »,il s’ agenouilla devant son Saint-Esprit, devenant par cette adoration « parfait » et Pontife universel et éternel. Amen.

 

IX

Jésus-Christ, la Vie au-delà de la Fin du Monde

  

Nous en concluons donc que le problème vient de Dieu dans la mesure où, l’Idée de la Création lui appartenant, Il se crée Lui-même le Problème de la Coexistence avec Sa Créature et de la juste articulation de la Civilisation qui en découle. Dieu ne se contente pas de créer la vie dans l’espace et le temps, mais il révolutionne l’existence même de la Vie en lui accordant, comme étape finale de l’Évolution, l’Immortalité, faisant ainsi participer la créature à la propriété éternelle de la vie de son Créateur. Un bonheur parfait dans lequel bat la joie de celui qui est créé, et qui, en même temps, nous fait prendre conscience de l’immensité du problème que se pose notre Créateur, mais en qui le Bonheur de celui qui engendre surpasse la problématique et la résout dans la Personnalité de celui qui est le Vrai Dieu et, même si, dans un premier temps, cela le laisse perplexe, la victoire est toujours sienne. Et comme le dit le proverbe populaire, « pour ne pas avoir de problèmes, il suffit d’être mort ».

Or, les ignorants et les pervers, les premiers en raison de leur ignorance et les seconds en raison de leur méchanceté, ont tendance à croire que Dieu n’a pas de problèmes. Et pourtant, il suffit d’ouvrir les yeux à la lumière du jour pour voir que Dieu a eu un grand problème. Et que l’activité créatrice elle-même implique un mouvement constant et continu dans l’univers des problèmes.

La mise en place d’une coexistence entre nous, simples créatures qui dépendons absolument et en tout point de la Volonté de notre Créateur pour rester en vie, une société de ce type, implique un problème immense et complexe. Puisqu’elle trouve son origine dans la Volonté de notre Créateur, c’est à Lui qu’il revient de chercher et de trouver la réponse, et qu’une créature ose l’offrir est un signe évident de folie.

En effet, les créatures, qui ne sont rien d’autre que le fruit de la Volonté de notre Créateur, dépendent à la fois particulièrement et absolument de son Omniscience et de sa Sagesse ; en dehors de celles-ci, la Science devient un instrument de destruction, tant au niveau universel que particulier, y compris dans cette dimension scientifique qu’est la Théologie elle-même. Ainsi, tout théologien qui ne sert pas Dieu par sa pensée, mais qui met sa pensée au service d’un homme, qu’il soit pape, patriarche ou archevêque, commet un crime contre Celui qu’il est censé adorer par sa pensée, c’est-à-dire Dieu ! Car le but et le principe de la théologie est la connaissance de Dieu en tant que Dieu, et dès lors que là où l’on dit « Dieu », on substitue « Église », « papauté », « patriarcat » ou toute autre chose, la théologie cesse d’être la science de Dieu pour devenir la science des hommes, et s’agissant d’une affaire d’hommes, tout son contenu n’est que mort et destruction, ce dont l’histoire du christianisme et des Églises regorge d’exemples, dans lesquels, tous ensemble et un par un, nous voyons comment la division des Églises, c’est-à-dire c’est-à-dire la destruction du Royaume de Dieu sur Terre, a toujours trouvé chez les théologiens son meilleur soldat au service du Diable. Et ainsi, nous voyons chez l’auteur de ses Épîtres que sa théologie est au service de Dieu et jamais au service de Pierre, et que la corruption des Églises a commencé lorsque les futurs Paul ont écarté Dieu en tant qu’Être et ont mis leur pensée au service des papes, des empereurs, des patriarches et des rois, les servant comme des serviteurs, renonçant ainsi à l’Autorité du Seigneur Jésus-Christ pour mettre leur génie aux pieds d’un homme .

Ainsi, pour en revenir à l’idée du Pontife universel, unique et éternel, et puisqu’il n’y en a qu’un, seul et unique, qui vit pour l’éternité et qui est, par nature, Dieu né de Dieu, il est évident que toute discussion sur le pontificat universel qui porte atteinte au remplacement de Celui que Dieu le Père a établi comme chef de la religion de son royaume est, dans le cas le plus indulgent, une folie, et dans le cas le plus flagrant, une perversion maléfique et une rébellion infernale contre Celui que Dieu a choisi pour se tenir debout devant Sa Majesté Tout-Puissante et le Seul et Unique qui vit éternellement en Sa Présence.

Nous, considérant l’ignorance de la chrétienté, tant chez les pasteurs que chez les troupeaux, en raison des effets découlant de la chute et de la rébellion des enfants de Dieu contre celui qui était leur Père, nous excusons la discussion sur le pontificat universel dans l’ignorance, tout en dénonçant la persistance de cette dialectique comme une rébellion contre le Pontife universel éternel, Jésus-Christ.

D’où il découle qu’il n’y a qu’un seul Pontife universel, et que la projection de ses pouvoirs sur un homme constitue une perversion de la gloire de Jésus-Christ, perversion qui, par logique, ne pouvait que donner naissance à l’histoire ignominieuse des papes, patriarches, archevêques, etc., qui n’était autre que le résultat de l’action de ceux qui ont voulu pour eux-mêmes ce que le Diable voulait pour lui-même, la gloire de Jésus-Christ ! Le Diable fixant son regard sur celle de sa couronne, et les papes, patriarches et archevêques sur leur pontificat.

Mais nous en revenons au même point : si la folie du Diable était la manifestation d’une passion maléfique, incurable et invincible dans la mesure où elle fut assumée en pleine connaissance de cause, son auteur étant en possession de toutes ses facultés mentales, intellectuelles et physiques, dans le cas des Églises, la folie relève de la définition de ce qui est passager, en vertu de l’ignorance héritée d’Adam, et, par conséquent, la santé des Églises est entre les mains de leur Seigneur. Or, si ceux qui, profitant de l’ignorance de la chrétienté d’hier, veulent encore aujourd’hui opposer au Seigneur les attributs du Pontife universel, Jésus-Christ, qu’ils assument leur crime. Nous ne savons que ce que le Saint-Esprit nous a dit, à savoir :

 

Le point essentiel de tout ce qui a été dit est que nous avons un Pontife qui est assis à la droite du trône de la Majesté des cieux ; ministre du sanctuaire et du véritable tabernacle, fait par le Seigneur, et non par l’homme. Car tout pontife est institué pour offrir des oblations et des sacrifices, c’est pourquoi il est nécessaire qu’il ait quelque chose à offrir. S’Il vivait sur terre, Il ne pourrait pas être prêtre, puisqu’il y a déjà ceux qui, selon la Loi, offrent des offrandes. Ces prêtres officient dans un sanctuaire qui est l’image et l’ombre du sanctuaire céleste, comme cela fut révélé à Moïse lorsqu’il s’apprêtait à construire le tabernacle : « Regarde — lui dit-on —, et fais tout selon le modèle qui t’a été montré sur la montagne ».

 

Dans ce cas, le modèle qui a été offert aux bâtisseurs de l’Église, nous le voyons dans le concile de Jérusalem de l’an 49, où tous les évêques se réunissent en tant que frères du Souverain Pontife universel, Jésus-Christ, sous l’autorité duquel ils parlent et à qui seuls ils doivent obéissance, le Seigneur se manifestant ainsi à travers ses serviteurs pour édification de toute son Église. Et cela aurait été une perversion malveillante et démoniaque de la part de Pierre d’avoir condamné Paul pour avoir osé lui fermer la bouche et ouvrir la chrétienté à toutes les nations sans avoir besoin de la Loi du judaïsme. Au contraire, le seul infaillible étant le même et unique Seigneur de tous, Jésus-Christ, c’est ce Seigneur qui, tous les évêques étant à son service, corrige les uns par les autres pour la perfection du magistère de tous, et le contraire, comme on le comprend du Modèle divin, à savoir qu’un serviteur annule l’autorité de Dieu et l’obéissance due par tous les serviteurs à leur Seigneur universel et éternel, Jésus-Christ, et la remplace par sa propre volonté, c’est là une perversion malveillante — en cas de contumace invincible — de la part du serviteur qui, contre Dieu et le Seigneur, annule l’Autorité divine en abolissant le Pontificat universel de Jésus-Christ par la folie de l’infaillibilité d’ un serviteur contre l’ensemble du Concile.

En ce sens, l’Histoire des Églises, depuis Paul jusqu’à nos jours, est une lutte entre la Mort et la Vie contre la matérialisation du Modèle établi par Dieu lors du Concile de Jérusalem. Nous voyons en lui que c’est le Seigneur qui rassemble ses serviteurs et que ce même Seigneur et Pasteur universel suprême est celui qui agit en Esprit pour corriger tout problème dans le mouvement universel de l’Instant. Telle est la relation entre le Créateur et sa Création, fondée par Dieu en Personne pour subsister pour l’éternité, et conformément à ce Modèle divin, suivant l’ espérance : « Sur la Terre comme au Ciel », les Églises s’articulent de manière conciliaire sous l’Autorité unique et infaillible de Jésus-Christ, dont l’Esprit guide la sagesse de ses serviteurs pour le bien de tous ; et le contraire, à savoir qu’un serviteur se déclare infaillible et annule l’Autorité de Dieu omniscient et tout-puissant, constitue un crime de rébellion contre le Seigneur Jésus-Christ, sur lequel l’intéressé devra se prononcer dans les jours à venir jours, en justifiant son délit par l’ignorance s’il s’agenouille et dépose les conséquences de son comportement aux pieds de son Seigneur, ou en déclarant sa rébellion ad eternum, à l’image et à la ressemblance de celle du Diable, s’il persiste à maintenir sa position totalement contraire au Modèle divin.

Et pour poursuivre avec le Saint-Esprit :

 

Mais notre Pontife a obtenu un ministère d’autant plus éminent qu’Il est le médiateur d’une alliance plus excellente, conclue sur de meilleures promesses. Car si cette première alliance avait été exempte de défaut, il n’y aurait pas eu lieu d’en établir une seconde. Cependant, les réprimandant, il dit : « Voici que viendront des jours, dit le Seigneur, où je conclurai avec la maison d’Israël et avec la maison de Juda une alliance nouvelle, non conforme à l’alliance conclue avec leurs pères le jour où je les ai pris par la main pour les faire sortir du pays d’Égypte, car ils n’ont pas demeuré fidèles à leur alliance et moi, j’ai fait preuve de négligence envers eux, dit le Seigneur. Voici l’alliance que je conclurai avec la maison d’Israël après ces jours-là, dit le Seigneur : Je graverai mes lois dans leur esprit, et je les écrirai dans leurs cœurs. Et je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple. Et personne n’enseignera son concitoyen ni son frère, en disant : « Connais le Seigneur » ; car tous me connaîtront, du plus petit au plus grand, car je me montrerai indulgent envers leurs iniquités, et je ne me souviendrai plus jamais de leurs péchés ». En disant « une nouvelle alliance », il déclare que la première est devenue caduque. Or, ce qui vieillit et devient obsolète est sur le point de disparaître.

 

D’où l’on voit que l’histoire de l’ Israël biblique est une traversée de la mer Rouge des siècles jusqu’au Royaume universel de Jésus-Christ, vers lequel le judaïsme marchait sans en avoir parfaite de la cause, car il était impossible à l’Homme de comprendre ce qui arrivait à son monde, et, ne le comprenant pas, il continuait à obéir à un Dieu qui, bien qu’en mesure de le faire, n’avait pas mis fin aux événements qui avaient pris leur cours en Mésopotamie adanique et dont l’issue conduisait le monde à sa destruction totale. En effet, n’ayant pas constaté par l’expérience la cause pour laquelle Dieu avait prononcé la peine de mort contre la guerre, il existait un besoin absolu et impérieux de cette expérience, afin que, par la connaissance qui vient des sens, la Création tout entière voie de ses propres yeux la raison pour laquelle Dieu ne peut supporter l’injustice et la corruption, et qu’aimant la Vérité et la Paix par-dessus tout, non seulement elle n’abolisse pas la peine de mort contre le transgresseur de la Loi de la Vie, mais qu’elle maintienne son Esprit même sur la tête de son propre Fils.

Malheureusement pour notre monde, il nous a incombé d’être le théâtre de cette expérience, vécue maintes fois par Dieu mais jamais par ses enfants, et qui se résume ainsi : tout monde exposé à la science du bien et du mal finit en poussière, son espoir de vie éternelle périssant dans le feu de sa propre folie suicidaire. Mais nous observons qu’on pourrait opposer à cette Loi éternelle le raisonnement selon lequel, Dieu étant en jeu, Dieu peut très bien vaincre de telles conséquences. Or, l’incohérence de ce raisonnement réside dans le fait que la science du bien et du mal, lorsqu’elle opère, exige la négation de la participation de Dieu à l’histoire du monde, et d’où la conséquence.

Mais la connaissance sans fondement dans l’expérience, poussée à ce niveau, conduit à l’incrédulité face à la vérité de la réponse, et c’est pourquoi Dieu a décidé d’établir la Vérité, pour l’ éternité, sur les fondements de l’expérience, qui, en ce qui nous , consiste en la succession des événements qui devaient conduire et conduisent notre monde à sa destruction, c’est-à-dire : « Tu es poussière et tu retourneras à la poussière ». Et c’est pourquoi, la Nécessité existant, Dieu a dit qu’il s’était montré « négligent envers Israël ». Mais aussitôt, le Saint-Esprit dit :

 

« Voici l’alliance que je conclurai avec la maison d’Israël après ces jours-là, dit le Seigneur : « Je graverai mes lois dans leur esprit, et je les inscrirai dans leur cœur. Et je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple. Et personne n’enseignera son concitoyen ni son frère, en disant : « Connais le Seigneur » ; car tous me connaîtront, du plus petit au plus grand, car je me montrerai indulgent envers leurs iniquités, et je ne me souviendrai plus jamais de leurs péchés ». En parlant d’une « nouvelle alliance », il déclare que la première est devenue caduque. Or, ce qui devient caduque et obsolète est sur le point de disparaître.

 

Autrement dit, Dieu, ayant eu pitié de notre monde et ayant justifié la faute d’Adam par l’ignorance, en vertu de laquelle la grâce nous est venue par le sang de Jésus-Christ, a voulu conclure une alliance avec nous, en tant que monde, afin que, tout comme il a établi la vie d’Israël tant que dura l’Alliance avec les fils d’Abraham contre toutes les puissances que la Mort avait déchaînées pour effacer de la surface de la Terre les Hébreux, par ce même Pouvoir invincible, Dieu faisait du monde chrétien son peuple, de sorte que, sans abolir la Loi, il nous ouvre par la foi une espérance de vie, ainsi par la foi, la Loi s’accomplit, et par l’espérance, un nouveau commencement nous est donné. Or, nous savons, par cette Alliance entre Dieu et le Christ, que personne ne verra ce principe, si ce n’est ceux auxquels se réfère la Nouvelle Alliance, s’accomplissant ainsi, pour ceux qui vivent sans le Dieu de l’Éternité, la Loi, et pour ceux qui vivent à la lumière de son Royaume, la Vie au-delà de la Fin du Monde. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

X

Le Testament du Christ et la loi contre la guerre

 

Nous entrons ici dans le Saint-Sacrement même. Nous cessons de rôder à l’extérieur de l’Existence de la Divinité pour, en devenant ses proches, avoir pleinement accès à l’essence même de Celui qui est en soi et par soi-même « la Vie éternelle » ; nous cessons de nous émerveiller d’être de la « boue » qui parle, figures de poussière animées par la vie divine, pour courir vers notre Créateur et le suivre à travers les champs et les siècles comme le troupeau suit son berger, l’armée son roi, le fils son père, unis dans une même marche contre la Mort. Rien ne nous arrête, notre chemin est tracé, notre victoire est inscrite dans les yeux du Dieu de l’Éternité, et qui lui arrachera la vision de notre Victoire de son Esprit ? Accusés, condamnés, frappés, crachés dessus et injustement maltraités, les cicatrices de notre combat demeurent pour le souvenir de nos os. Et dans l’éternité, le souvenir de notre Victoire sera le noyau contre lequel se brisera à jamais la tentation du retour à l’enfer dont nous sortirons et contre lequel notre foi érigera une nouvelle civilisation de l’autre côté de la Fin qui approche. Notre chair marchait vers cette Fin depuis que le Juge de sa Création eut dit : « Le fils d’Ève t’écrasera la tête ». Il n’y a pas de crainte de la Fin, mais de la joie pour le Commencement qui semblait nous avoir été arraché le jour où notre Champion fut crachée, frappé, injustement maltraité et finalement crucifié comme un vulgaire déchet. N’était-ce pas là le jour de notre naissance ? Il est mort pour que nous vivions ; il n’y a pas besoin de notre mort. Pour nous offrir la vie, il a laissé qu’on lui enlève la sienne. Dieu a ainsi juré sur son sang qu’en mourant, sa Descendance resterait à l’abri de la mort. Joie donc, et tous en avant vers la Victoire. Et maintenant, passons aux choses sérieuses. Dit le Saint-Esprit :

 

Et la première alliance avait son cérémonial et son sanctuaire terrestre. On construisit un tabernacle, et en son sein une première chambre, où se trouvaient le chandelier, la table et les pains de l’ offrande. Cette chambre s’appelait le Saint. Derrière le deuxième voile, une autre chambre du tabernacle, appelée le Saint des Saints, où se trouvaient l’autel d’or des parfums et l’arche de l’alliance, entièrement recouverte d’or, et à l’intérieur de laquelle se trouvaient un vase d’or contenant la manne, la verge d’Aaron, qui avait verdit, et les tables de l’alliance. Au-dessus de l’arche se trouvaient les chérubins de la gloire, qui recouvraient le propitiatoire. Il n’y a rien de particulier à dire à ce sujet. Les choses étant ainsi disposées, dans la première partie du tabernacle, les prêtres entraient chaque jour pour exercer leurs fonctions ; mais dans la seconde, le grand prêtre n’entrait qu’une seule fois par an, non sans avoir offert le sang en expiation de ses ignorances et de celles du peuple. Le Saint-Esprit voulait montrer par là que le chemin du sanctuaire tant que le premier tabernacle subsistait. C’était là une figure qui renvoyait aux temps présents, car dans celui-ci on offrait des oblations et des sacrifices qui n’étaient pas efficaces pour rendre parfait, dans sa conscience, celui qui exerçait son ministère, puisqu’ils ne concernaient que des aliments, des boissons, divers ablutions et des préceptes d’une justice charnelle établis jusqu’au temps de la rectification.

 

Nous avions donc, dans le Temple de Jérusalem, la promesse du pardon de tous les péchés du monde par le sang de l’ Agneau de Dieu, qu’Il offrirait en expiation de toutes les fautes commises par le genre humain depuis la chute d’Adam, établissant cette rédemption dans l’ ignorance du transgresseur, qui, ayant été trompé par un fils de Dieu, non pas de cette création, sans savoir ce qu’il faisait, leva la hache de guerre contre les nations « dans la foi d’obtenir par la violence du Pouvoir ce qui, par la paix de la Sagesse, lui serait donné en héritage par le Saint-Esprit ».

Mais… Dieu a offert son Agneau à une distance infinie par rapport au jour de la Chute, cette distance condamnant à la destruction des nations entières qui, à cause du crime de « ce fils de Dieu », ont été livrées à la ruine. Comment un Père si excellent aurait-il pu permettre qu’ on lui enlève tant d’enfants sans qu’une blessure ne s’ouvre dans son Cœur, d’où jaillit la source de l’Amour, dans laquelle tous les chrétiens étanchent leur soif, et dont la joie qui vient de Celui qui est aimé d’un amour qui ne meurt jamais se déverse dans nos âmes ? Comment aurait-Il pu permettre que jaillisse de cette source divine l’eau de la crainte de la toute-puissance et de la puissance infinie de Dieu ? Magnifique dans sa science, brillant dans sa sagesse, délicieux dans son cœur, Dieu a établi, sur le sang de son Agneau, depuis lors et pour toujours, que tous ses enfants reviendraient entre ses mains, et qu’au Jour du Jugement dernier, tous ses enfants, issus de cette création, auraient pour Défenseur de leur Cause Celui-là même qui, pour notre cause, s’est livré à l’injustice afin d’ établir, sur la Justice qui découle de la Sagesse, notre Connaissance de Dieu, et, ce qui est plus important encore, de faire jaillir de son sang l’eau divine de l’Amour pour le Créateur de toutes choses, établissant ainsi de manière miraculeuse la relation du Créateur avec sa Création, non pas dans la crainte d’un Être qui est indestructible et tout-puissant, mais dans l’Amour qui procèdede lui-mêmede père en fils, même lorsque le premier est Dieu et le second seulement sa créature.

 

Mais le Christ, établi Pontife des biens à venir et pénétrant dans un sanctuaire meilleur et plus parfait, non fait de mains d’hommes, c’est-à-dire n’appartenant pas à cette création ; ni par le sang des boucs et des veaux, mais par son propre sang, est entré une fois pour toutes dans le sanctuaire, accomplissant ainsi la rédemption éternelle. Car si le sang des boucs et des taureaux et l’aspersion de la cendre de la vache sanctifient les impurs et leur confèrent la pureté de la chair, à combien plus forte raison le sang du Christ, qui, par l’Esprit éternel, s’est offert lui-même sans tache à Dieu, purifiera-t-il notre conscience des œuvres mortes afin que nous rendions un culte au Dieu vivant ! C’est pourquoi il est le médiateur d’une nouvelle alliance, afin que, par sa mort, pour la rédemption des transgressions commises sous la première alliance, ceux qui ont été appelés reçoivent les promesses de l’héritage éternel.

 

Alléluias donc dans les espaces infinis, et amen dans les dimensions éternelles, car le Créateur n’a pas renoncé à sa Création, ni baissé la tête comme celui qui considère comme consommée la ruine de son glorieuse aspiration, mais, s’exaltant, dans sa Vérité invincible, il a levé ses bras pour, en se laissant crucifier, manifester son indestructibilité dans l’Acte de la Résurrection.

Chantez, poètes, de nouveaux psaumes à la harpe à six cordes, celle qui parle de la voix de la tempête, faites claquer les éclairs et le tonnerre contre la peau qui autrefois poussait des cris de guerre !

Regardez-moi, étoiles, je suis ensanglanté, criblé par le couteau des millénaires, pris au piège entre les draps d’une vision qui ne quitte pas mon esprit.

Réveille-toi, Humanité, lève-toi de ton sommeil. L’heure n’est plus aux promesses. Hâte-toi de t’habiller, car le Jour se lève déjà.

Ah, ma tête, dure comme le fer, ma volonté comme le diamant qui ne se brise jamais. Je sens le métal dans mes os comme un serment écrit à l’encre de feu.

Courons. La victoire est nôtre.

Ainsi, ce qui avait été constitué sous serment comme une Promesse éternelle devait s’incarner et verser son sang afin que la Nouvelle Alliance entre Dieu et l’ensemble de sa création soit scellée. Car si, par un seul homme, le monde entier a été livré à la ruine, il était tout à fait naturel que, Dieu étant ce qu’il est, la restitution du genre humain à son Créateur implique une Nouvelle Alliance entre toutes les nations et le Dieu de toutes ces nations. Car, connaissant Dieu, y a-t-il quelque chose de plus naturel que le fait que Dieu ne se laisse pas intimider par l’Enfer et accepte le défi d’une guerre totale contre sa Création lancée par la Mort ? Et non seulement c’était naturel, mais si Il ne l’avait pas acceptée, nous n’aurions en aucun cas aimé Dieu, et comme l’amour, par définition, ne peut être imposé à celui qui est libre et en possession de toutes ses facultés ontologiques, ni Dieu lui-même ne peut contraindre l’Enfer à se convertir, c’est Son « Oui » total à la guerre qui a été l’affirmation qui a fait jaillir spontanément chez toutes ses créatures, celles de cette création comme celles des précédentes, l’Amourpour Celui qui est, fondant ainsi la relation entre le Créateur et la Créature, une fois pour toutes, sur l’Amour d’un père pour ses enfants et non sur la Peur d’un Être tout-puissant et omnipotent. À ce sujet, il y aurait beaucoup à dire, mais ce ne sera pas pour l’instant.

 

Car là où il y a un testament, il faut que la mort du testateur intervienne. Le testament prend effet à la mort, car il n’est jamais définitif tant que le testateur est en vie. Et même le premier n’a pas été ratifié sans effusion de sang ; car, après avoir lu au peuple tous les préceptes de la Loi de Moïse, celui-ci, prenant le sang des veaux et des boucs mâles, avec de l’eau, de la laine teinte en rouge et de l’hysope, il aspergea le livre et tout le peuple, en disant : « Voici le sang de l’alliance que Dieu a conclue avec vous ». Et le tabernacle lui-même ainsi que les ustensiles du culte, il les aspergés de la même manière avec du sang ; et, selon la Loi, presque toutes les choses doivent être purifiées par le sang, et il n’y a pas de rémission sans effusion de sang.

 

D’une promesse, nous passons à une autre. Si la première a tenu le monde en haleine et que la création tout entière a retenu son souffle dans l’attente de son accomplissement, d’autant plus que le peuple à qui avait été confiée la mission de maintenir vivant son feu était une toute petite nation, sans prestance ni force face aux autres nations, et, pour comble de difficulté – si tant est que cela soit possible –, soumise à la même loi de l’ignorance qui asservissait le reste du monde, car s’il n’y avait pas eu d’ignorance, le temple et ses sacrifices expiatoires, et à cause de cette ignorance et de cette faiblesse, la promesse de victoire semblait se diluer dans les eaux tumultueuses des siècles jusqu’à atteindre la crèche où – dit-on – naquit Celui qui était destiné à être l’Agneau de Dieu… Et parce que c’était précisément Celui qui devait ressusciter pour devenir le Roi qui était né pour être l’Agneau, la promesse de Son Royaume universel sur Terre restait à nouveau en suspens, et le visage de la création tout entière, bien que couronnée, se remplissait à nouveau de larmes ; mais si les premières larmes étaient nées de la crainte de l’inconnu, à savoir la Victoire de Jésus, et que l’on percevait en elles un goût de désolation, les secondes, bien que terribles sur le sang de tant d’innocents conduits à l’abattoir du Sacrifice, le chant de ceux qui furent sacrifiés sur l’autel de la Rédemption adoucit, par le cri de victoire, le passage du christianisme au cours des siècles suivants, faisant resplendir à la fin de la Nuit des Évêques la vie splendide de la Promesse que le Roi scellerait de son sang : celle de faire naître la Postérité de son Esprit.

De promesse en promesse, d’une descendance à l’autre, de la descendance d’Abraham à la descendance du Christ. Et si la première était prédestinée au sacrifice, la seconde, les premiers étant morts pour que nous vivions, nous vivons pour une promesse de vie.

 

Il fallait donc que les figures du sanctuaire céleste fussent purifiées, mais le sanctuaire même du ciel devait l’être par des sacrifices plus excellents ; car le Christ n’est pas entré dans un sanctuaire fait de main d’homme, figure du véritable, mais dans le ciel même, pour se présenter maintenant en présence de Dieu en notre faveur. Ni pour s’offrir maintes fois, à l’instar du souverain sacrificateur qui entre chaque année dans le sanctuaire avec le sang d’autrui ; sinon, il aurait fallu qu’il souffre maintes fois depuis la création du monde. Mais maintenant, une seule fois, à la fin des siècles, il s’est manifesté pour anéantir le péché par le sacrifice de lui-même. Et comme il est réservé aux hommes de mourir une seule fois, après quoi vient le jugement, de même le Christ, après s’être offert une seule fois pour prendre sur lui les péchés de tous, apparaîtra une seconde fois, sans péché, à ceux qui l’attendent pour recevoir le salut.

 

D’où l’on voit que, la nécessité étant établie, Dieu a voulu faire de son accomplissement un sceau par lequel rendre inaccessible aux siècles le testament de son Fils. Et comme, en matière de descendance, c’est le fils qui hérite et la mère qui dispose de toutes choses jusqu’à la majorité de l’héritier de son époux, le Saint-Esprit, voyant cette disposition, a rendu témoignage de l’avenir en disant : « Mais nous attendons la liberté des enfants de Dieu », parlant ainsi au nom de la création tout entière. Car, en effet, Dieu ayant déclaré que tout l’Ancien était révolu et ayant établi son Royaume sur le fondement de la « seule et unique » gloire de son Fils premier-né, en proclamant la fin de l’Empire et en annonçant le commencement du Royaume universel de son Fils unique, il était tout naturel que le Roi soit couronné devant toute la maison de Dieu et qu’il retourne dans son monde pour s’asseoir sur son trône éternel, laissant ainsi notre monde dans l’attente de la consommation des temps, quant à la fin desquels, « tu es poussière et tu retourneras à la poussière », Dieu a disposé, par la Sagesse qui vient de l’expérience, que s’établisse dans l’Intelligence de toute sa création la raison pour laquelle Il a établi une interdiction, sous peine de mort, contre la guerre.

Il ne nous reste plus qu’à unir notre pensée à celle de Dieu, notre Roi, et à proclamer l’abolition de la guerre, ainsi qu’à affirmer la déclaration de peine de mort contre quiconque « mangera du fruit de l’ arbre interdit ». Telle est la Loi du Royaume de Dieu, la Loi que le premier homme a transgressée.

Car la guerre est le fruit de l’ arbre de la connaissance du bien et du mal ; béni soit Dieu d’avoir maintenu la loi contre le sang de son Fils, béni d’avoir fait jaillir de ce sang son Royaume, et béni encore d’avoir donné la couronne de son Royaume à Celui qui a versé son sang plutôt que de faire de son bras une hache de guerre.